Ateliers éclair 6

Ateliers réguliers d'écriture originale autour de thèmes et contraintes variés.

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flodalys
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Ateliers éclair 6

Message par flodalys » 09 sept. 2020 - 07:57

Le 9 septembre est la journée internationale de la peluche.
Un peu de douceur dans ce monde de brutes.




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Moi c'est Doudou Ours. "Doudours" pour les intimes
Quand je suis arrivé dans la vie de mon enfant, il avait déjà 2 ans, je n'étais pas THE doudou. Cette place était occupée par un ours polaire. Mais tout de suite l'enfant m'a adopté comme étant le doudou "bis", celui qu'il prenait quand l'autre était caché au moment d'aller au lit, car moi aussi je suis un ours polaire, même si aujourd'hui ça ne se voit plus trop tant j'ai subit d'opérations sous les doigt pas experts de maman.

Quelques mois plus tard, The doudou a fait le grand plongeon depuis le balcon du 2e et a fait le bonheur d'un autre enfant. Dès lors je suis devenu THE doudou, permettant de supporter cette disparition. L'enfant m'a mâché le nez avec une telle force que d'opération en opération tel Mickael Jackson, je me suis retrouvé avec la tête de Voldemort (je vous avait dit que maman n'était pas experte).
Mais elle a su trouver les mots pour dire à l'enfant que j'avais mal. Croyez-moi les dents de lait sont aiguisées. Pendant une semaine ou deux, l'enfant avait le droit de me bisouiller avant de dormir et je surveillais son sommeil depuis le haut de l'armoire. Puis l'enfant a été malade, il avait souvent des petits virus, du coup comme maman l'a si bien dit, j'étais d'accord pour revenir faire des câlins à condition qu'il ne me mange pas le nez. Depuis il ne m'a plus mangé. Chaque fois qu'un traitement l'impressionnait je le testait pour lui. J'ai respiré dans la chambre d'inhalation pour lui montrer comment faire. J'ai reçu des piqures quotidiennes comme lui. Je l'ai accompagné 3 fois à l'hôpital pour le rassurer pendant ces épreuves.

L'enfant n'avait pas de secret pour moi. J'ai été là quand il a eu un chagrin d'amour en CP. J'ai écouté ses peines quand son grand-père s'est éteint. J'ai pleuré avec lui.

Maintenant l'enfant est un mini préado et il a délaissé mes services car je suis "trop petit pour ses bras", il n'y a plus que "gros doudou" qui compte, ce que les enfants sont ingrats... mais je suis là et je veille, il sera toujours mon enfant, même si moi je ne suis plus THE doudou.

Les doudous ont tant de choses à raconter, ils vivent des aventures, traversent des moments historiques comme Otto dans le fabuleux album de Tomi Ungerer (Si vous ne l'avez pas lu, nous vous le conseillons, il est disponible au rayon jeunesse de la majorité des médiathèque, c'est un petit bijou).


Alors pour célébrer la journée mondiale des peluches, venez nous raconter les histoires fabuleuses de doudous.
Le perfide chat en peluche qui a vu la chute du mur de Berlin, le koala en peluche qui a respiré le nuage de Tchernobyl qui n'a pas traversé la frontière, le Schtroumpf en peluche qui a vécu le confinement, le singe en peluche qui a participé à la fête suivant la coupe de monde de 1998...
Donnons la paroles aux peluches !
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Alrescha
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Re: Ateliers éclair 6

Message par Alrescha » 09 sept. 2020 - 08:48

Ooohh ! Mais c'est beaucoup trop mignon ! En plus, j'ai encore des peluches...

Je vais participer !
Je n’étais qu’un banal ours en peluche (très doux parait-il). J’attendais dans un entrepôt d’un groupe de distribution. Un truc immense, je n’avais jamais vu ça. L’atelier où j’ai été conçu était beaucoup plus petit.
Ça sentait la poussière et le carton. Une odeur âcre. Un environnement dur pour un ours en peluche. Mais il y a pire. Il y a la main qui me prend dans le casier. Des gestes fermes, précis comme si elle attrapait une bête sauvage. Il y a son visage fermé et concentré. Son gilet orange pour qu’elle soit vue des autres. Elle me pose dans son caddy sans me regarder, elle regarde déjà une grande feuille de papier. Elle griffonne un truc et m’emmène ailleurs.
Pour la seconde fois de ma vie, je voyage. Mais il y a des escales. Celle qui pousse le chariot s’arrête par endroit, fait demi-tour, soupire, transpire.
Plus tard, elle pose son caddy dans un nouvel endroit. Le service des expéditions. Ceux qui y vont n’en reviennent jamais. On me prend à nouveau. On m’emballe dans un sac en plastique. Je vais étouffer ! Mais non il y a des petits trous et par eux je vois qu’une autre personne m’enferme dans un carton. L’odeur âcre m’attaque le nez. J’entends comme des grincements puis des claquements. Il fait noir. Ils m’ont enfermé !
Dans le noir, le temps est plus long. Je ne sais pas où je vais. Je ne reverrais jamais l’entrepôt ou les autres ours en peluche. Je désespère.
Quand je revois la lumière du jour, tout me parait plus brillant. Des mains douces me sortent de ma boite.
-Parfait, lance une voix. Ca lui plaira, je pense. Oui, il est vraiment tout doux…
Je comprends que l’homme qui me tient ne sera pas mon propriétaire, je vais être un cadeau, donné. Pour qui ? Un enfant ? Comme ceux qui m’ont fait ? J’aurais bien aimé finir dans leurs bras… Il me remet dans la boite. Les battants sont toujours ouverts. Je pourrais m’échapper et rester là… Mais le carton est trop grand. Je reste au fond.
Quelques instants plus tard, une enveloppe blanche me rejoint. Un petit mot.
Je sens qu’on me transporte mais cette fois je ne suis pas dans un véhicule. Je sens les pas de l’homme. Où m’emmène-t-il ? On me pose soudain en hauteur.
-Alors… Espagne… fait une voix de femme.
Elle me pose plus bas.
Je repars.
Le voyage est plus long cette fois. Je sais où je vais atterrir. J’essaye d’imaginer mon destinataire.
Des mains et des véhicules encore.
Enfin, on me pose sur une table, je crois.
-Un colis est arrivé pour toi, lance quelqu’un et je suis presque sûre que ce n’est pas de l’espagnol.
-Oh, merci de l’avoir réceptionné.
Le carton s’ouvre à nouveau. La pièce est plus petite et moins lumineuse. Mais le visage de ma propriétaire vaut bien tous les soleils du monde. Elle me pose sur son bureau. Ce n’est plus une enfant mais son visage est rond, ses yeux brillants. Elle voit la lettre au fond du carton et la lit. Son sourire me réchauffe le cœur. Avec elle, je serai bien.
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flodalys
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Re: Ateliers éclair 6

Message par flodalys » 10 sept. 2020 - 09:50

Moment intéressant que tu as exploité là, le moment où il ne connait pas encore son propriétaire.
Tu as aussi glisser un petit mot sur le travail des enfants. Avec ce thème "mignon" tu glisses sur un thème qui ne l'est pas et qui est la réalité.

Voilà j'ai apprécier son texte.
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Alrescha
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Re: Ateliers éclair 6

Message par Alrescha » 10 sept. 2020 - 10:19

Merci Flo' ! J'étais très inspirée hier ^^ J'ai écrit un deuxième texte dans la foulée.
Le voici :
Je m’appelle Teddy, Teddy Bear. On vient de me mettre sur une étagère d’un magasin de jouets, à côté d’autres exemplaires de moi et d’ours en peluche, mais je suis le plus beau. D’ailleurs, l’employé du magasin me met bien en valeur. Avec mon bonnet et mon nœud rouge, on ne voit que moi malgré ma petite taille.
Les premiers clients entrent dans le magasin. Le premier rayon qu’ils voient est celui des peluches. Il y en a des énormes, des moins belles, des très douces pour les tout-petits. Il y a des choses plus élaborées comme les chevaux ou d’autres animaux plus exotiques, et puis il y a les indémodables : les ours.
-Je voudrais lui trouver une belle peluche, dit une dame aux cheveux gris. Un ours qu’elle gardera toute sa vie.
Elle a un visage sympathique, de grands yeux inquiets, un nez un peu aplati. Elle doit être maman et peut-être tante aussi. En tout cas, quelque chose me dit qu’elle côtoie des enfants régulièrement.
-Oh, regarde, dit son mari grand.
Il me désigne vaguement du doigt comme s’il savait que ce n’était pas un geste très correct mais quand même utile.
-Véritable Teddy Bear, dit-il de sa voix grave en prenant dans ses grandes mains.
-Il n’est pas très cher… et il est beau.
Si je n’avais pas été en peluche, j’aurais rougi.
Ils me prennent avec eux. Je vais quitter le magasin. C’est ma chance. Une seconde vie. Loin des cartons ou des étagères.
-Comment on va emballer ça ?
Comme ce n’est pas facile d’emballer un nounours, ils trouvent un petit panier. Ils mettent quelques bonbons au chocolat dedans, me glissent à l’intérieur et tendent le papier cadeau au-dessus de ma tête. Puis on me met dans un grand sac où il y a d’autres cadeaux.
Je sens le plat d’un coup puis le vrombissement d’un moteur mais je n’ai pas peur, je vais vers une vie meilleure. Il se passe du temps, beaucoup de temps. Je suis impatient et serré dans mon panier d’osier.
La voiture s’arrête enfin. Quelqu’un prend le sac. Je me renverse légèrement sur les autres paquets.
On parle fort soudain, il y a plusieurs voix. Plusieurs membres d’une même famille. Il y a des voix plus graves que d’autres, des voix moins fortes aussi.
-Pascal ne va pas tarder…
-Je mets ça là, Lucette.
On me pose sur quelque chose de mou. Je sens quelque chose monter et renifler.
-Jessie ! fait une voix.
Le chien redescend.
Une sonnerie retentit. Des voix plus aigües retentissent quelque part. Je les reconnais, ce sont celles d’enfants.
Le temps me parait infiniment long jusqu’à ce qu’on me libère. J’entends des raclements de chaises, de couverts. Ils mangent, ils rient, ils parlent de chasse et de famille.
-Bon, et si on regardait ce que le Père Noël a apporté ? lance une voix enjouée.
-Oui ! s’exclament les enfants.
On me soulève du sac. Les bras fragiles me prennent mais ses gestes sont assez brutaux. Le papier se déchire. Je vois la lumière. Et un visage rond, encadré de cheveux bruns. Ses yeux brillent. Elle est un peu grande pour avoir une peluche mais elle a l’air contente quand même.
-Je l’adore ! fait-elle. Je vais le garder longtemps, je pense.
C’est ce qu’elle a fait. J’ai d’abord été sur le banc des peluches, c’était en fait un grand coffre en osier sur lequel elle avait mis toutes ses peluches. Il y avait Max un grand chat gris à l’air un peu pataud, un cheval marron et noir avec qui j’avais partagé mon étagère. Il y a eu un panda aussi et une oursonne en robe toute mignonne Cannelle.
Mais un jour, Fanny a grandi et le coffre se désagrégeait. Elle a du s’en débarrasser. Elle a vendu le cheval et Max. Elle m’a gardé. J’ai été mis sur la cheminée de sa chambre. Je veillais toujours sur elle avec Cannelle. Elle ne jouait pas toujours avec moi, elle préférait ses Barbies ou ses Lego mais il arrivait toujours un moment où elle ne savait pas trop quoi faire alors elle regardait la cheminée. Elle me caressait la tête, le ventre et les pattes et elle semblait retrouver foi en quelque chose.
Elle m’emmenait souvent dans les réunions de famille. Des Noël, des dimanches et de nouveaux jouets, j’en ai vu, je peux vous dire.
Un jour, je m’en souviendrais longtemps. Elle était grande, elle avait vingt ans environ. Elle a beaucoup pleuré. Elle m’a pris sur le manteau de la cheminée et m’a serré contre elle. C’est comme ça que j’ai compris. Quelqu’un de sa famille était mort.
Puis Fanny a déménagé. En attendant ses parents ont vidé sa chambre. Ils ont mis de côté toutes ses affaires, moi y compris. Je crois qu’ils voulaient vendre leur maison. Fanny est revenue et a fait du tri. Elle a jeté plusieurs trucs mais pas beaucoup. Elle m’a mis dans un sac avec Cannelle et Zebra le zèbre et d’autres trucs puis elle m’a emmenée avec elle.
On a voyagé encore un peu. Elle nous a posé dans le noir. Il faisait froid en plus. Un jour, elle est revenue dans la cave. Elle m’a pris et m’a remonté. J’ai vu son nouveau logement. C’est plus petit mais la chambre est belle. Elle m’a posé à côté du lit, sur sa table de chevet pour que je continue à veiller sur elle.
Je prends un peu la poussière parfois. Je vois bien qu’elle essaye de faire attention à moi. Elle grandit et des fois je vois qu’elle pense qu’elle a passé l’âge d’avoir des peluches mais parfois il ne manque pas grand-chose pour qu’elle me serre dans ses bras comme elle le faisait autrefois. Je la vois parfois pleurer, elle se reproche d’être inadaptée à l’époque actuelle. Elle a gardé une grande part d’enfant c’est ce que j’aime chez elle, je me dis que c’est peut-être de ma faute mais elle ne se débarrassera pas de moi, je le sais. Je le vois dans ses yeux. Elle aime être une grande enfant et moi je l’aime comme ça.
Des fois quand elle se sent seule, elle me regarde. Je suis un ours du passé, je lui rappelle sa famille et ce jour du Nouvel An chez sa grand-mère. Je lui rappelle sa famille entière et heureuse. Je lui rappelle son enfance et sa naïveté, sa joie de vivre. Je serai toujours là pour elle.
Merci pour l'atelier !
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Re: Ateliers éclair 6

Message par flodalys » 10 sept. 2020 - 11:49

Je vois ça...^^

J'aime beaucoup ce texte tout en tendresse.
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Re: Ateliers éclair 6

Message par flodalys » 28 sept. 2020 - 09:16

Bon il faut croire qu'à part Alerscha ( encore bravo pour tes deux textes) les peluches ne vous ont pas inspiré.

Au plaisir de vous croiser lors d'un prochain atelier éclair.
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