[Evénement] À vos plumes !

Challenge destiné aux lecteurs les plus valeureux. Une seule Maison pourra remporter la Coupe !
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Responsable de Serpentard
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[Evénement] À vos plumes !

Message par Responsable de Serpentard » 22 juil. 2021 - 09:25

À vos plumes !


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Échanger avec votre correspondant a déclenché une nouvelle passion chez vous : l’écriture.
Votre carnet et votre plume ne sont jamais bien loin, prêts à être dégainés dès que l’occasion se présente (et souvent pendant le cours d’histoire de la magie).
Vous avez des histoires plein la tête et, de plus en plus, vous songez à les partager avec vos amis.

Pour ce défi, vous devrez écrire une fanfiction sur le dernier livre/texte que vous avez lu ( à la date de publication de ce post.)
Si le livre/texte en question n'a pas encore été validé par les équipes, ce n'est pas grave, cela reste tout de même votre dernière lecture en date pour la coupe.
Si vous avez validé plus d'un texte/livre sur votre dernier post de validation, prenez le dernier de la liste ;)


Consignes :

:arrow: Votre texte devra faire entre 500 et 2000 mots selon ce compteur

:arrow: Vous posterez votre texte ici avec la balise spoiler (le petit oeil barré, juste à côté de "center" )précédé du formulaire disponible un peu plus bas ;)

:arrow: Tous les ratings sont autorisés, mais votre texte doit tout de même respecter le règlement du forum (et des plateforme de publication si vous décidez de le publier par la suite )

:arrow: À poster avant le 31 aout

:arrow: Vous gagnez 25 points par tranche de 500 mots
(arrondis à l'inférieur. Si vous écrivez 1480, cela comptera comme 1000 mots)


Code : Tout sélectionner

[b]Pseudo sur le forum[/b]  
Votre maison : 
Dernier livre/texte lu, nom de l'auteur :
Titre (facultatif) : 
Nombre de mots : 
Rating :
 
À vos plumes pour l'écriture :superman:
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Seonne
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Re: [Evénement] À vos plumes !

Message par Seonne » 26 juil. 2021 - 20:00

Seonne
Votre maison : Serdaigle
Dernier livre/texte lu, nom de l'auteur : Magie et Cristal, Stephen King
Titre (facultatif) : Ermot
Nombre de mots : 2000 pile
Rating : -16
-16 TW aggression sexuelle
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— Rhéa, face de rat !

Les larmes de la jeune fille s’écrasaient à la surface de l’étang. Perdue au milieu des marécages, l’odeur nauséabonde ne lui faisait même plus froncer le nez. Elle y était habituée. Cet endroit était son refuge. L’un des rares où elle pouvait se retrouver seule.

Les injures résonnaient toujours dans son esprit, comme un sale écho. Les eaux boueuses agissaient comme un miroir pour lui renvoyer l’image de sa figure. Elle se dévisageait. Était-elle si laide que les autres filles le disaient ? Si ce n’était que les filles… Son propre père ne manquait pas une occasion de le lui rappeler.

Ses yeux étaient d’une teinte commune qu’on n’appréciait guère dans les Hautes Familles. Ses cheveux refusaient de se plisser sous les fers ou de tenir dans les chignons que sa pauvre mère tentait de leur imposer, ses mèches noirâtres étaient d’une banalité assommante. Elle n’était pas intéressante à regarder. Elle n’avait pas la blondeur des autres gamines. Elle n’avait pas leurs prunelles bleu ciel. Même ses traits tenaient de la populace. Rien dans son visage ne reflétait ses origines. Ni beauté, ni charme.

Ernestina Molina avait peut-être raison. En plissant les yeux, elle réussissait à le voir. La comparaison avec le rat se tenait, au fond.

Elle avait seize ans. Seize années de moqueries, de chuchotements sur son passage. Oh, elle savait que ce l’on disait d’elle. Et les racontars étaient bien plus cruels que face de rat. Rhéa n’avait rien des Dubavito. On murmurait que sa mère devait avoir fricoté avec quelque fréquentation peu recommandable. Ou pire – peut-être était-elle issue d’une union violente, sale, incestueuse. Toute une branche des cousins, du côté de sa mère, était tombée dans la misère et la désuétude. On s’accordait à dire que la gamine n’était pas normale.

Elle se saisit d’un des cailloux qui traînaient sur la berge pour le jeter au milieu de l’étang. Il creva la surface avec un bruit sourd et troubla son miroir lisse. Des vaguelettes ridèrent l’eau pour venir mourir à ses pieds. Son image s’en trouvait déformée. Elle grimaça.

Les spectres des lieux s’amoncelèrent autour d’elle. Elle pouvait sentir leur ombre vaporeuse, froide, glauque. Elle ne frissonna pas. Un sourire fendit son visage.

Elle n’était pas la plus maligne des gamines de la ville, comme le lui rappelait aussi souvent son père – ni belle ni intelligente qu’allons-nous pouvoir faire de toi bong sang Rhéa – mais elle était en passe de devenir la plus retorde.

Ce sont les plus fort qui survivent, après tout.

Son reflet altéré par les remous était aussi hideux qu’inquiétant. Cela lui plut.

*

Dans le miroir, elle était plus superbe qu’elle ne l’avait jamais été. Sa coiffure complexe dégageait son cou et ses épaules. Les couleurs appliquées sur ses paupières et sur ses joues compensaient ses manquements naturels. Et ses lèvres – elles étaient si rouges qu’on les aurait cru peintes de sang. Ou bien se pouvait-il que…

Rhéa avait vingt-six ans. Et les dix années passées avaient vu la jeune fille à la face de rat se transformer en une jeune femme bien différente. On n’osait plus se moquer d’elle. Elle était passée de la risée de la ville à la plus crainte. Personne ne savait vraiment pourquoi ils avaient si peur d’elle. Après tout, on n’avait jamais pu prouver qu’elle fut responsable de quelque méfait.

Mais les histoires… trop d’histoires sombres l’entouraient, désormais. À commencer par la maladie fulgurante qui avait emporté sa mère. Et l’affaiblissement de son père, au fil des années. En dix ans, il semblait en avoir vieilli de cinquante. Personne ne savait comment tout cela était possible.

Rhéa Dubativo était maîtresse de la demeure familiale, à vingt-six ans. Quelques mois auparavant, elle avait mis en pension son père dans un hospice particulièrement reconnu entre ses paires. Interné était un terme plus exact.

Ces dix années lui avaient permis de régler ses différents avec la plupart de ses anciens tyrans. Elle en avait établi une liste qu’elle conservait précieusement dans son bureau. Dans le tiroir fermé à clef auquel elle seule pouvait accéder. Et presque tous les noms étaient barrés d’un trait d’encre. Presque.

Il n’en restait qu’un.

Ernestina Molina.

On frappa à la porte. Le majordome annonça l’arrivée de sa vieille ennemie à Rhéa et celle-ci renvoya tous les domestiques. Elle tenait à s’occuper de son invitée avec le plus grand soin. Comme elle le rappelait à quiconque mentionnait Ernestina depuis des semaines – pour la questionner sur leur étrange dîner ou pour tout autre chose – elles avaient été proches, fut un temps. Meilleures amies avant de devenir meilleures ennemies. Et même un peu plus que ça.

*

Elles se dévisageaient d’un bout à l’autre de l’immense table de la salle à manger.

— Que deviens-tu, Ernestina ?

La jeune femme avait perdu de sa superbe d’antan. Trois grossesses déstructuré ses courbes et la fatigue de s’occuper des marmots avait peint des cernes sous ses yeux doux. Ses prunelles d’azur avaient perdu leur éclat.

— Coupons court. Pas la peine de faire semblant. Qu’est-ce que tu me veux, Rhéa ?

— Ne soyons pas impolies. Ta vie m’intéresse véritablement, vois-tu. J’ai ouï dire que ton petit dernier faisait une satanée rage de dents ? Ce doit être difficile à supporter. Enfin, qu’en sais-je… Je n’ai pas d’enfant, après tout.

Ernestina parut sur le point de lui lâcher une remarque bien sentie – sur son absence de mariage due à une absence de prétendants, probablement – mais elle se retint. On n’insultait plus Rhéa Dubativo depuis longtemps, elle le savait, pourtant. Les vieilles habitudes étaient difficiles à perdre.

— Ne comptes-tu donc pas piper mot ? C’est plutôt impoli. J’avais un souvenir de toi plus… raffinée. Maniérée. Ne disait-on pas que tu étais si merveilleuse que les cristaux de la côte Nord faisait pâle figure en comparaison ?

— Je ne suis pas venue pour parler, Rhéa.

— Pourquoi donc, alors, avoir accepté mon invitation à dîner ? Ne disait-on pas aussi que tu avais le plus brillant des esprits de notre génération ? Pour une fille, tout du moins. Ce qui doit expliquer que tu te retrouves à changer des couches alors que tu pourrais enseigner à l’université.
Ernestina ne répondit toujours pas et baissa le regard alors que Rhéa continuait de la dévisager. Son front et ses joues prirent une teinte écarlate.

— Pourquoi as-tu accepté de manger en ma compagnie si tu ne comptes pas m’adresser la parole ? répéta Rhéa en jouant avec le bout de sa fourchette.

— Parce que je n’ai pas le choix, finit par lâcher Ernestina sans perdre ses nouvelles couleurs. Et tu le sais très bien.

— Oh, je n’ai jamais forcé personne, voyons…

— Mais quiconque te contrarie finit couvert de pustule ou six pieds sous terre. Je ne sais pas comment tu fais ça, Rhéa – personne ne sait. Mais tu dois te douter de ce que tout le monde dit. Et s’il s’avère que tu es vraiment une… une… une sorcière… Alors tu seras maudite ! Si les sortilèges et les malédictions appartiennent à un ancien temps, c’est parce qu’ils causent la perte de ceux qui les utilisent !

— Allons, allons ! coupa Rhéa en se levant de sa chaise. Laissons de côté ces contes de bonne femme que les paysans racontent pour se rassurer. Nous valons mieux que ça, l’une comme l’autre, n’est-ce pas ?

Elle fit le tour de la table pour se positionner derrière Ernestina puis elle posa ses mains sur le dossier de sa chaise. L’invitée se redressa. Ses épaules étaient tendues et elle serrait les dents. Mais elle n’osa pas se retourner.

— Pourquoi m’as-tu invitée, Rhéa ?

La question fut prononcée d’une voix si faible qu’elle s’apparenta à un gémissement. Une supplication. Un nouveau sourire éclaira le visage menaçant de Rhéa. Elle aimait qu’on lui parle avec ce genre de ton. Elle aimait sentir la crainte des gens face à elle.

Et l’odeur de la peur qui suintait de Ernestina Molina était particulièrement savoureuse. Délectable. Encore meilleure que ce dont elle avait rêvé.
Les mains de Rhéa glissèrent du dossier pour se poser sur les épaules de Ernestina.

— En souvenir du bon vieux temps. Le vieux, vraiment – avant que tu ne deviennes une sale pimbêche. Une puterelle qui s’est cherché un époux pour l’entretenir afin qu’elle puisse s’amuser pour toujours. Tu te souviens ? Avant.

Ses doigts parcourent les épaulettes de la robe et se rapprochèrent de son cou. Ils butèrent sur la couture du tissu puis se posèrent sur ses clavicules, à même sa peau. Ernestina eut un tremblement mais ne se dégagea pas. Rhéa continua son exploration ; elle caressa son cou, sa bouche. Puis elle descendit, lentement, vers le décolleté de sa victime.

— Tu te souviens ? Il va falloir apprendre à me répondre plus vite que ça, Ernestina. Je ne suis pas très patiente.

— Oui. Oui je me souviens.

Un nouveau gémissement, plus rauque, plus guttural.

— Alors, raconte-moi.

Rhéa continua de descendre. Elle passa sous le tissu. Elle faufila ses ongles à l’intérieur du soutien-gorge et pinça les seins de Ernestina. Celle-ci émit un hoquet de surprise.

— Tu n’étais pas si farouche, alors, susurra-t-elle avec une cruauté non dissimulée. Comment était donc la première fois où tu t’es adonnée au sexe, Ernestina ? Raconte-moi.

Ernestina pleurait, à présent. Des larmes rondes, salées, chaudes, qui dévalaient jusque dans son cou, et sur son vêtement. Elle ne se débattait pas, de crainte de ce qui lui arriverait. De ce que Rhéa pourrait lui faire.

— C’était… c’était avec toi. Je…

— Et c’était comment, Ernestina ? C’était bon, hein ?

Elle garda ses lèvres scellées pour ne lâcher qu’un nouveau gémissement. Hm-hm. Rhéa pétrissait sa poitrine, si fort qu’elle lui faisait mal. Aucun plaisir dans ses gestes. Rien qu’un moyen de la faire souffrir.

De la punir.

— Réponds plus fort. Ne joue pas avec mes nerfs.

— Oui.

— Tu as aimé ça ? Dis-le !

— Oui ! avoua-t-elle dans un cri d’animal apeuré. Oui, j’ai aimé ça.

— Et les fois d’après aussi. Toutes celles où l’on a recommencé.

— Oui, oui, toutes les fois.

— Jusqu’au jour où il a fallu trouver un petit mari pour te payer les études que ta famille ne pouvait pas financer. Jusqu’au jour où tu es devenue calculatrice. Oh, pas que tu ne te moquais pas de moi auparavant. Tu as toujours joué ton double-jeu à la perfection. Mais il y a eu ce jour-là où je suis devenue une moins que rien. Et j’étais partie pour l’humiliation publique.

— Je suis désolée, Rhéa, si désolée ; je le regrette, je l’ai toujours regretté, j’étais jeune et stupide et je ne savais pas…

— Il est l’heure de payer, maintenant.

Rhéa remonta brusquement ses mains pour enserrer son cou. Ernestina se vit morte ; étranglée.

Son sort fut pire.

La sorcière marmonna quelque formule occulte et l’air parut se charger de souffre. Ernestina sentit tout son corps se tordre, la faire souffrir. Elle se sentit rapetisser. Le monde changea de forme autour d’elle. Sa vision se troubla.

Une minute plus tard, Rhéa tenait un serpent mal formé, mutant, entre ses doigts sales.

— Voilà ce que tu méritais, sale petite vipère. Ernestina Molina ; ma tendre Ernestina. Er… Mo… Ermot. Tu es à moi, maintenant. Tu ne me quitteras plus jamais, pas vrai ? Les malédictions ne sont pas d’un autre temps, très chère. Et nous sommes liées pour toujours, désormais.
Plutôt contente d'ouvrir le bal pour glaner quelques points pour ma maison ! En espérant en inspirer d'autres (allez les @Serdaigle soyons honnêtes, on passe l'été dans nos bouquins et nos parchemins, autant rendre ça utile pour la collectivité).
Je suis un peu désolée quand même car ce texte est assez glauque à lire, il fallait que je suis inspirée par la pire antagoniste du bouquin : Rhéa du Cöos – mais avant qu'elle ne soit Rhéa du Cöos. À titre informatif, elle nous fait comprendre dès son introduction qu'elle a un penchant pour les jeunes filles – et qu'elle aime leur faire du mal. Ah, et Ermot est son serpent domestique...

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Sifoell
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Re: [Evénement] À vos plumes !

Message par Sifoell » 29 juil. 2021 - 08:27

Hello,

C'est à mon tour, les Gryff !

Pseudo sur le forum Sifoell
Votre maison : Gryffondor
Dernier livre/texte lu, nom de l'auteur : Catherine Morland (Northanger abbey), de Jane Austen
Titre (facultatif) : Les herbes folles
Nombre de mots : 2000 tout pile
Rating : TP

Spoiler
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Le regard de la société est constamment tourné vers les Allen de Fullerton, couple sans enfants mais à la fortune conséquente. Le regard s'est intensifié quand ils ont accueilli la jeune Catherine Morland, puis il s'est lassé, comme il se lasse toujours, quand Catherine Morland a épousé Henry Tilney. La société est volatile, et tourne son attention au gré des rumeurs vers d'autres familles, d'autres unions en devenir.
Mais le jour où l'orpheline la plus fortunée du Hampshire a été accueillie à bras ouverts chez les Allen, parce qu'une jeune femme non mariée ne peut pas vivre seule dans la maison de son défunt père, tout Fullerton n'a parlé que de cette brûlante situation pendant des semaines.

Mme Allen observe la jeune fille à la mine revêche. Grace Graham est furieuse d'être là. La vendeuse du magasin de vêtements pour femmes piétine d'un pied sur l'autre, ne sachant comment se comporter face à une jeune fille de la haute société qui a un comportement qui dément toute éducation.
D'un geste brusque, la beauté brute qu'est Grace ôte les rubans que la vendeuse a accroché à sa coiffure, et arrache les manches froufrous de sa robe.
« Tout ceci est ridicule. »
Grace fait mine de partir, ses longues boucles brunes désormais libérées, et ses yeux noirs semblant lancer des éclairs. Mais la petite voix raisonnable de Mme Allen la ramène à la raison.
« Nous en avons déjà parlé, Grace. »
Mme Allen jette un œil à la vendeuse.
« Pouvez-vous nous laissez, ma pupille et moi, Nathalie ? »
La vendeuse acquiesce et quitte précipitamment la pièce, encombrée d'une dizaine de robes, de rubans, de chapeaux, de chaussures. Grace respire rapidement, et porte ses mains à son visage. Mme Allen se lève alors d'un coup de son fauteuil et vient prendre les mains de Grace dans les siennes.
« Allons, allons... Grace. C'est le début de la saison, et vous avez vingt-cinq ans passés. Je sais votre attachement à votre père, Lord Graham, mais vous savez que vous devez faire enfin votre entrée dans la société. Votre père était un cher ami, à M. Allen et moi, mais nous savons toutes les deux qu'il était fantasque, et qu'il a négligé votre éducation. Vous êtes une jeune femme fortunée, Grace. Vous aurez le choix, parmi tous les prétendants que vous aurez à vos pieds. »
La jeune fille fait un grand effort pour prendre sur elle, ses souvenirs s'envolant vers le Brockenhurst, qui a été sa demeure depuis toujours.
« Je ne suis qu'un titre, des terres, et une fortune, Madame Allen. »
Le visage de Madame Allen s'approche de celui de Grace qui plonge ses yeux noirs dans les yeux bleus de la petite dame.
« Et bien plus, Grace. Vous êtes cette belle jeune femme, intelligente, vive d'esprit... »
Grace acquiesce, et esquisse un sourire que Mme Allen sait feint.

La jeune fille s'observe dans son miroir, examine avec une attention hostile les rubans de soie tressés dans sa chevelure noire, la fine dentelle qui orne son décolleté. Elle serre sur elle la capeline, sachant que lorsqu'elle sera à la soirée de Monsieur King, dans les Lower Rooms, tous les yeux seront braqués sur elle, et Mme Allen et elle n'auront aucun mal à trouver une chaise où s'asseoir ou un cavalier empressé.
C'est au bras de Mme Allen que Grace s'agrippe presque trop fort. Elle n'a jamais su mentir ou faire semblant, et sa nervosité est palpable. La reconnaissant, Monsieur King les escorte jusqu'à une table, et toutes les conversations s'arrêtent quand elles y prennent place. Mme Allen se réjouit de cette attention qui rebute tant Grace qui soupire en gonflant ses joues, enfantine. Elle agite son éventail devant elle, étouffant littéralement tellement il y a de monde autour d'elles. Son regard est attiré par un grand homme drapé dans sa prestance et qui arbore un sourire en coin en accrochant ses yeux. Il se rapproche d'elle, portant la veste rouge des dragons, et s'incline, prenant sa main dans la sienne et y déposant un baiser.
« Mademoiselle Graham, Frederick Tilney, pour vous servir. M'accorderez-vous une danse ? »
L'éventail de Madame Allen s'agite dans ses mains, montrant son inquiétude.
« J'ai bien peur que mon carton d'invitation ne soit déjà plein, monsieur Tilney. »
Le soldat relâche sa main et son regard la détaille de haut en bas, s'attardant sur sa gorge. Inconsciemment, Grace pose son éventail contre elle, s'attirant un regard moqueur du soldat, qui s'incline de nouveau et prend congé.
« Parfaitement détestable », marmonne-t-elle en le suivant des yeux, drapé dans sa suffisance.

Le lendemain, après une soirée passée à éconduire de potentiels cavaliers, Madame Allen a la surprise de déjà recevoir une lettre de Monsieur Tilney. L'aîné, Frederick, et pas ce cher Henry qui a épousé Catherine. Bien que Catherine soit de nature discrète, elle a jugé nécessaire de l'informer des agissements de Frédérick, qui est bien moins gentleman que son cadet. C'est pourtant avec une joie empressée qu'elle confie cette lettre à Grace, qui la décachète puis la lit avec une attention désabusée. Elle finit par la chiffonner et la jeter au feu, sous le regard horrifié de Mme Allen.
« Ce... rustre m'a à peine accordé un regard que déjà il s'enquit de moi et m'avoue m'aimer tendrement. C'est parfaitement ridicule ! »
Grace se lève de son fauteuil et se met à faire les cent pas dans le salon, devant Monsieur et Madame Allen qui sont sans voix. Plus pour elle que pour ses interlocuteurs, elle tempête.
« Un titre, des terres et une fortune. C'est donc ce à quoi je suis réduite maintenant que Père nous a quitté ? »
Grace lève la main pour empêcher Madame Allen de dire quoi que ce soit, bien consciente de son impolitesse.
« Une fille orpheline. Une femme veuve. Sans homme, nous ne sommes donc rien, Madame Allen ? Depuis trois ans que Père était malade, c'était moi qui m'occupait du domaine, des domestiques, des écuries. Père lui-même a reconnu que je le faisais mieux que lui. Je refuse d'être réduite à un statut d'enfant, dussè-je passer ma vie sans homme. »
La voix de Grace se brise et elle quitte en trombe le salon, puis la maison des Allen, pour aller marcher furieusement dans les rues de Bath, échevelée, les poings serrés.

Les soirées dansantes, les thés pris dans quelques familles huppées, les balades en calèche ou à cheval. Le défilé des prétendants. De ceux qui prétendent, ceux qui feignent un intérêt pour sa personne, alors qu'ils lorgnent sur son titre, ses terres et sa fortune. Toutes ces choses matérielles qui ne lui appartiennent plus parce que son père est mort, et qu'elle a le sexe d'une femme.
Frédérick Tilney est certainement le prétendant le plus empressé. Grace n'aime pas la manière dont il la regarde, comme si elle était une bête curieuse, exotique. Précieuse.
Madame Allen a imposé la présence de Frédérick Tilney qui s'est fait inviter dans son salon, et ne quitte pas Grace du regard, qui fulmine déjà.
« Quel bon vent vous amène, monsieur Tilney ? »
Il esquisse un sourire sûr de lui, que Grace aimerait lui arracher.
« J'imagine que vous avez du être bien occupée, pour ne pas avoir eu le temps de répondre à mes lettres quotidiennes. »
Grace ne sourit pas.
« Et cela a du vous prendre bien du temps de toutes les écrire, monsieur Tilney. »
Le sourire de l'homme s'agrandit, et Grace a soudainement l'envie pulsionnelle de lui jeter quelque chose à la figure.
« Vous pouvez m'appeler Frédérick, Grace. »
« Et vous pouvez m'appeler Mademoiselle Graham, Monsieur Tilney. »

Les jours passent, les semaines aussi, et la fin de la saison approche, les journaux locaux se remplissant de publications de bans de mariage, et les invitations se raréfiant.
« Cela ne peut pas durer, Grace. Cela fait des semaines que vous l'éconduisez. C'est un homme, il le prendra moins légèrement. »
« Il le prendra comme il le voudra, monsieur Allen. Monsieur Tilney est un rustre, et je ne souhaite pas l'épouser. »
« Et qui donc trouve grâce à vos yeux ? »
Personne, pense-t-elle sans que les mots ne s'échappent.

Bien que d'une patience infinie, durement éprouvée par le tempérament de feu de leur pupille, les Allen jamais n'envisagent de ne plus accueillir Grace. Et c'est Madame Allen et ses sages paroles qui commencent à faire flancher la volonté de la jeune femme.
« C'est un soldat de sa majesté, de bonne naissance, et de bonne famille. Son frère cadet est un homme charmant, sa sœur est une douce créature. Il sera toujours par monts et par vaux, si vous l'épousez, vous serez libre, Grace. »
La jeune femme relève la tête avec des yeux agrandis par l'effroi.
« Mais il me répugne. C'est un rustre ! »
« Grace, ma chère enfant. Quand j'ai rencontré Monsieur Allen, j'étais à peine sortie de l'enfance, et il avait seize ans de plus que moi. Regardez comme nous nous accordons bien, maintenant. »
« Isabella Thorpe l'a éconduit. »
« Isabella Thorpe est une fieffée manipulatrice, et une femme intéressée. Monsieur Tilney a besoin d'une femme de caractère, qui est capable de lui tenir tête, et de survivre en son absence. Il paraît rustre de prime abord, mais vous n'avez pas essayé de le connaître. »
« Mais lui non plus ! Il ne voit en moi que... »
« Votre titre, votre nom et votre fortune, c'est ce que vous vous évertuez à répéter depuis que vous êtes notre pupille. Qui espérez-vous donc convaincre ? »
Pour une fois depuis bien longtemps, Grace ne sait que répondre, alors elle se tait.

La jeune femme fait appel à toute sa patience et toute son éducation, alors que Madame Allen reçoit une énième fois dans son salon Frédérick Tilney qui a ce satané sourire en coin que Grace observe avec circonspection. Elle se rappelle alors de son père, qui avait pour habitude de lui laisser une liberté telle qu'elle n'avait jamais goûté à la moindre frustration, jusqu'à sa mort. Lord Graham était un homme pour le moins fantasque, évitant les événements mondains, passionné par la musique, le théâtre, la littérature. Il préférait parcourir son domaine à cheval plutôt que prendre le thé dans un salon confiné. Lord Graham n'avait d'autre maître que lui-même, et Grace est bien comme son père, ce qui, dans la bouche de qui que ce soit, n'est perçu que comme un compliment qui l'emplit de fierté plus que tout autre.
« Nous devons apprendre à nous connaître, Monsieur Tilney, avant que je ne consente à quoi que ce soit. »
Le sourire de l'homme s'agrandit considérablement. Il la considère comme acquise. Il est homme qui convoite et qui prend.
« Et avant toute chose, sachez que je ne suis pas une femme comme les autres, et jamais je ne renoncerai à ma liberté. Alors, n'attendez pas de moi obéissance ou soumission. Ce sont des mots dont je connais les définitions mais qui sont loin d'être des idéaux. »
Son sourire ne faiblit pas, pourtant, et Grace sent ses lèvres s'étirer elles aussi, sans qu'elle ne puisse réprimer son amusement. Pourtant, la gravité revient, toujours, quant à sa condition de femme.
« Mes parents m'ont faite fille. Les lois font de moi la pupille de mon père, puis celle de Monsieur et Madame Allen, et enfin, de celui qui sera mon époux. Au regard de la loi, seulement, je serai l'inférieure de mon mari. Mais, ce serait lutter contre ma nature que de promettre à un homme qui me convoite qu'il en sera de même dans notre foyer, ou dans notre lit. »
C'est super chaud d'écrire ça en 2000 mots ! Et en plus, pour la petite blague (j'ai une petite tendance à le radoter partout), j'ai eu beaucoup de mal à lire Catherine Morland que je trouvais chiant à mourir. (Pourtant j'aime bien l'univers de Jane Austen, mais j'ai du me promener plutôt du côté de sa filmo que de sa biblio). Et j'ai ADORE écrire ce petit bout de texte.
Evidemment, en 2000 mots, la caractérisation des perso et l'épaisseur du scénario c'est pas ça, mais la petite Grace, j'ai vachement envie de la développer (elle a presque des caractères communs avec Iola Black, tiens).

En tout cas, lisez bien, écrivez bien, profitez bien de vos vacances si vous en avez :) :hug:
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« Au commencement des temps, les mots et la magie étaient une seule et même chose. » Sigmund Freud.
Vous ne savez pas par où commencer mes fics, ou histoires originals ? Zieutez mes séries (les fics et histoires originales y sont classées par ordre chronologique), ou le premier post de ma fiche auteur sur le forum, dans la Bibliothèque de Poudlard, celle du Héron, et celle de l'Ailleurs.

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