5. Conseils

Compte d’auteur : 5 raisons de l’éviter

Vous venez de finir votre premier roman et vous cherchez un éditeur. Déjà, avant toute chose : félicitations ! Ensuite, vous avez peut-être déjà entendu le conseil “surtout, évite le compte d’auteur” ou “vérifie que c’est bien à compte d’éditeur”… Mais vous ne savez pas trop ce que ça veut dire.

Ça tombe bien, on est là pour ça.

Compte d’auteur : définition

Quand il s’agit d’éditer un livre, il y a grosso modo 3 solutions possibles :

  • L’édition à compte d’éditeur
  • L’auto-édition
  • L’édition à compte d’auteur

Pour bien comprendre ce qu’est l’édition à compte d’auteur, il faut avoir une idée de ce que sont les deux autres.

L’édition à compte d’éditeur

C’est “l’édition traditionnelle”, ce à quoi vous pensez certainement quand vous dites éditeur. Il reçoit beaucoup de manuscrits, en sélectionne un tout petit nombre, et effectue un travail éditorial dessus : corrections, maquette, élaboration d’une couverture et du paratexte. Une fois le manuscrit transformé en livre, l’éditeur réalise également un travail de marketing et de logistique pour le vendre.

Image par Prettysleepy de Pixabay

L’auteur cède à l’éditeur le droit de vendre son texte, en échange de quoi, l’éditeur le rémunère en lui versant ce qu’on appelle des droits d’auteur : un pourcentage sur les ventes. Parfois il verse aussi un à-valoir : une somme d’argent préalable à la publication, qui est en fait une avance sur les futurs droits d’auteur.

L’auto-édition

L’auteur décide de ne pas confier son manuscrit à un éditeur et de vendre son livre lui-même en assumant les rôles qui reviennent normalement à l’éditeur. Il lui faudra soit se former pour acquérir les compétences nécessaires, soit embaucher des prestataires (correcteurs, maquettistes, illustrateurs), financer l’impression (ou ne vendre qu’au format numérique ou encore passer par un service d’impression à la demande) et assurer toute la logistique de vente.

L’auto-édition demande donc beaucoup de travail et un souvent un certain investissement financier, mais elle permet à l’auteur de maîtriser le processus de A à Z et d’être sûr que le produit fini lui convienne.

Pour résumer, l’auteur auto-édité a deux métiers : auteur et éditeur.

L’édition à compte d’auteur

À la différence d’un éditeur traditionnel, avec le compte d’auteur, c’est l’auteur qui finance le travail d’édition. D’où les appellations compte d’éditeur/compte d’auteur – la question, c’est : qui paie ?

Dans sa version honnête, l’éditeur à compte d’auteur serait donc un simple prestataire de services qui permettrait de décharger un auteur voulant s’auto-éditer de la difficulté de coordonner plusieurs professionnels (correcteur, maquettiste, graphiste etc.) en regroupant tout et en lui présentant, moyennant fiances, un livre “clé en main”.

Malheureusement, nous allons le voir, souvent le compte d’auteur essaie de se faire passer pour ce qu’il n’est pas.

Voilà donc 5 raisons pour lesquelles il vaut mieux éviter le compte d’auteur.

Raison 1

Le compte d’auteur exploite les rêves des jeunes auteurs

Plutôt que d’admettre qu’il est un prestataire de services, “l’éditeur” à compte d’auteur profite de la confusion qu’entretient ce nom pour laisser entendre qu’il est un éditeur tout court. Évidemment, les gens qui ne se sont jamais intéressés à la question pensent “éditeur à compte d’éditeur” quand ils lisent ce mot.

Les auteurs qui signent un contrat chez un éditeur à compte d’auteur comptent donc vivre une toute autre expérience que celle qui les attend en réalité. Pour eux, la déception est souvent bien amère. Difficile de ne pas trouver malhonnête cette confusion volontairement entretenue par les éditeurs à compte d’auteur qui vendent du rêve à leur clientèle.

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Et cibler les auteurs débutants qui ont des étoiles dans les yeux à l’idée de publier leur premier roman mais qui connaissent mal le monde de l’édition, c’est pas très classe…

Raison 2

Le compte d’auteur c’est cher…

Les tarifs s’échelonnent grosso modo entre 1000 et 3000 €. Souvent, cela dit, on vous annonce un premier prix avant d’y rajouter au fur et à mesure des suppléments si vous voulez une correction, une couverture personnalisée, etc.

Ce genre de prix pouvait se justifier davantage il y a quelques décennies, quand produire un livre nécessitait forcément d’en faire une impression avec un tirage conséquent pour que le prix par exemplaire soit abordable. Désormais, avec les techniques d’impression à la demande, méthode largement utilisée par les éditeurs à compte d’auteur, les frais sont fortement réduits et s’adaptent au nombre des ventes, au fur et à mesure, et il n’y a plus non plus de frais engendrés par le stockage des livres.

Image par painezhang de Pixabay

Puisque signer avec un éditeur à compte d’auteur revient à s’auto-éditer en passant par un prestataire qui regroupe différents services, il peut être intéressant pour l’auteur de se demander de quels services il a réellement besoin, et s’il n’obtiendrait pas une facture beaucoup plus basse en démarchant lui-même les professionnels dont il a besoin (correcteur, maquettiste, illustrateur, imprimeur…)

Raison 3

…et vous ne rentrerez pas dans vos frais

L’éditeur à compte d’auteur ne prend pas de risque financier pour vous publier, à la différence d’un éditeur traditionnel. Par contre, comme un éditeur traditionnel, il entend empocher la plus grande part de l’argent de vos ventes et ne vous en reverser qu’un pourcentage minime. Si c’est logique pour le compte d’éditeur puisque c’est ainsi qu’il se rembourse de son investissement, avec le compte d’auteur, ça revient à ce que vous payiez deux fois : une première fois en faisant un chèque à l’entreprise qui vous fournit ses services pour publier votre livre, une deuxième fois en les laissant s’arroger quelques 90% de l’argent de vos ventes.

Maintenant, faisons un peu de maths. Mettons qu’il vous laisse 10% de droits d’auteur, et qu’il vend le livre 20€ HT. (Car oui, les droits d’auteur se calculent sur le prix hors taxe). Ça fait que vous touchez 2€ par livre vendu. Pour vous rembourser et commencer à gagner de l’argent grâce au livre que vous avez écrit, il faudra en vendre plus de 500, si vous avez opté pour un des devis les plus bas, autour de 1000€.

Le problème, c’est qu’un premier roman, ça ne se vend pas toujours à 500 exemplaires chez un éditeur traditionnel. Chez un éditeur à compte d’auteur, ça ne se vend jamais à 500 exemplaires* pour la bonne raison que le client de l’éditeur à compte d’auteur, ce ne sont pas les lecteurs potentiels, mais bien l’auteur lui-même. Il ne se donnera donc aucun mal pour vendre votre livre. Il est beaucoup plus rentable pour lui de concentrer son énergie à démarcher d’autres auteurs plutôt que d’essayer de trouver des lecteurs à ceux qu’il a déjà. Les seules ventes que vous réaliserez seront celles que vous ferez vous-mêmes, auprès de votre réseau.

(*Et si vous arrivez à vendre 500 exemplaires à votre réseau, félicitations. Mais en ce cas, ne pensez-vous pas que vous méritez de gagner un peu plus que 10% sur un livre que vous vendez vous-même et dont vous avez financé la publication ? )

Raison 4

La qualité ne sera pas au rendez-vous

Puisque, encore une fois, le client c’est vous et non les lecteurs, l’éditeur à compte d’auteur n’a pas vraiment de raison de se casser la tête sur le travail éditorial. Le cœur de son métier, c’est convaincre des auteurs de signer chez lui, pas vendre des livres. Il y a sans doute des comptes d’auteur qui travaillent en tant que prestataires de services et ont à cœur de bien faire les choses.

Mais, clairement, ce n’est pas le cas de tous. Il suffit de se rendre sur leurs sites pour s’en convaincre : résumés mal fichus, couvertures identiques pour tous les auteurs et qui semblent avoir été faites en 10 minutes sur Paint, livres perdus au milieu d’une masse d’autres sorties sur un catalogue à l’identité mal définie… Et pour avoir poussé la curiosité jusqu’à aller lire les premières pages disponibles sur Amazon pour certains de ces romans : il est fréquent que ni la correction ni la maquette ne répondent à des exigences professionnelles.

Une couverture personnalisée, réfléchie pour qu’elle corresponde à l’ouvrage qu’elle illustre, c’est des dizaines d’heures de travail. Même chose pour la correction. Il semble que tous les éditeurs à compte d’auteur ne sont pas prêts à accorder autant de temps que cela au roman de leur client après avoir encaissé son chèque.

Raison 5

L’éditeur à compte d’auteur ne fait pas de sélection

Certains auteurs sont rassurés que leur roman ait été retenu par un éditeur. Ils se sentent plus légitimes en tant qu’écrivains ainsi que s’ils s’auto-éditaient. Il peut donc être tentant de faire le choix d’un éditeur à compte d’auteur plutôt que de s’auto-éditer.

Le problème, c’est que les éditeurs à compte d’auteur n’effectuent aucune sélection. Ils n’ont pas de ligne éditoriale et publieront tout ce que vous leur enverrez tant que vous êtes prêt à payer pour cela. Être publié à compte d’auteur n’offre donc aucune garantie sur la qualité littéraire d’un texte.

Conclusion : il vaut mieux éviter le compte d’auteur

Dans la plupart des cas, vous obtiendrez un résultat plus satisfaisant et pour moins cher en vous auto-éditant. Si vous préférez malgré tout passer par un éditeur à compte d’auteur, libre à vous. Mais prenez soin de bien lire le contrat avant de signer et ne vous précipitez pas.

HPFienne de longue date, je me suis longtemps occupée de la modération du Héron, puis de la gestion du blog avant de me consacrer tout entière aux Éditions HPF dont je suis maintenant la directrice. Pour me résumer en trois mots ? Procrastination, thé et chocolat.

2 commentaires

  • Selket

    Cet article est très intéressant et très utile. je rajouterais une 4eme forme, la maison d’édition mais elle vous fait zero comm et c’est a vous d’acheter des livres à la maison d’édition pour les vendre mais eux ne feront rien. Je me doute que certaines maisons d’éditions font ça mais je trouve ça pas vraiment très honnête. Ma soeur a publié son roman comme ça et c’est a elle de vendre ses livres, de contacter des plateformes (genre amazon et cie) pour vendre, il n’y a même pas eut de relecture, et a part l’illustratrice qui lui a été imposée et qui a fait la couverture sur laquelle elle a eut zero droit de regard elle a tout fait. Ah si un mince filet la présentant ainsi que son livre a été mis sur le site de la maison d’édition. Comme quoi toutes les maisons d’éditions ne se valent pas du tout

  • Verowyn

    Merci Selket !
    Désolée pour ta sœur, c’est pas cool ce genre d’expérience.
    Effectivement, c’est presque un quatrième modèle, même si j’aurais tendance à assimiler ça à du compte d’auteur. Encore une fois, on est là plus face à un prestataire de services/imprimeur qu’à un véritable éditeur. Alors à la différence du compte d’auteur, il ne fait pas payer l’auteur, mais il peut se le permettre puisqu’avec l’impression à la demande et très, très peu de travail éditorial, il a quasi 0 frais, donc il se paie sur les ventes que l’auteur fait en travaillant tout seul à sa promo… C’est pas très classe. 🙁

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