[SPOILERS] Harry Potter, un mythe moderne

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Sarah
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[SPOILERS] Harry Potter, un mythe moderne

Message par Sarah » 04 août 2007 - 23:29

Harry Skywalker

Avertissement: ce billet contient beaucoup de "spoilers" sur Harry Potter 1 à 7.

Maintenant que la série des Harry Potter est terminée, il nous est possible de faire une analyse un peu plus détaillée de la structure de l’histoire. Il me semble que l’évolution d’Harry Potter colle très bien avec le concept de "Monomythe", introduit par Joseph Campbell dans son livre The Hero with a Thousand faces. Ce livre, écrit dans les années 1940, et inspiré de la psychanalyse, montre comment de nombreux mythes fondateurs reposent sur la même structure. Georges Lucas s’est inspiré de ce livre pour écrire la saga Star Wars : de fait, les parallèles entre Harry Potter et Luke Skywalker sont nombreux, et je vais essayer, en me basant sur mes souvenirs de Star Wars, de les mettre en évidence.

Le monomythe débute par l’appel à l’aventure (comme d’ailleurs la plupart des contes de fée). Le héros, personnage lambda sans aucune vertu particulière, reçoit un message l’appelant à quitter le monde ordinaire pour rejoindre un monde nouveau et merveilleux. Cet appel s’accompagne en général d’une aide surnaturelle. Harry Potter, élevé par sa tante Muggle, découvre ainsi dans le tome 1 qu’il est en fait un magicien, et est invité à rejoindre Hogwarts par Dumbledore (via Hagrid). Luke Skywalker, élevé par des fermiers de Tattoine, est enrôlé par Obi Wan Kenobi, qui voit en lui le dernier Jedi.

Dans de nombreux mythes, la figure du père est centrale (Œdipe quand tu nous tiens). Le héros doit apprendre du père et, pour grandir, doit se détacher de lui, voire le tuer. C’est là à mon avis que l’analogie entre Star Wars et Harry Potter est la plus forte. Luke et Harry Potter ont chacun deux pères symboliques. Le premier père est leur mentor, le père nourricier qui leur apporte la connaissance : Obi Wan dans un cas, Dumbledore dans l’autre. Leur second père est en quelque sorte le miroir inversé du premier père, leur "mauvais" père, qui a le statut de nemesis : Dark Vador dans un cas, et Snape dans l’autre. Le tome 7 montre ainsi incontestablement que Snape joue le rôle de père négatif pour Harry. L’alliance Snape-Dumbledore, explicitée dans le tome 7, montre bien que les deux personnages ne sont que deux faces d’une même pièce. L’analogie Snape=Vador se construit sur le rapport à la mère : Snape bascule du côté du bien lorsque Voldemort tue Lily, tandis que Dark Vador bascule définitivement du côté obscur (enfilant, mutilé, sa carapace robotique) après la mort de Padmé. Du coup ces "mauvais" pères ne sont pas les pères nourriciers comme Obi Wan ou Dumbledore, mais au contraire des pères tyrans, qui plus est "amants" de la mère. Leur motivation profonde est de retrouver leur amour perdu par l’intermédiaire du fils.

Luke et Harry Potter se construisent ensuite en suivant les traces de leur bon père et par opposition à leur mauvais père. La parallèle Luke=Harry, Dark Vador=Snape, Dumbedore=Obi Wan est d’autant plus flagrant lorsque le "bon" père se sacrifie lors d’un combat contre le "mauvais" père (combat auquel assiste le fils, impuissant). Symboliquement, dans le mythe, ce sacrifice permet au fils de se débarrasser de l’encombrant "bon" père, dont la présence tutélaire empêche le héros de grandir.

La motivation profonde du fils sera ensuite de venger le meurtre du bon père. Le but premier sera de tuer le mauvais père (au moins symboliquement) ; on s’apercevra ensuite que le cheminement du héros mu par la haine du père lui permettra de la dépasser. De façon intéressante dans le tome 7 d’Harry Potter, la haine contre le père s’exerce en fait, non pas contre Snape, mais bien plus contre Dumbledore, le bon père, qui n’est pas si bon que cela. Harry Potter se met de nombreuses fois en colère contre Dumbledore, qu’on découvre tenté par le pouvoir et la magie noire. Aussi est-il écœuré lorsqu’il réalise que Dumbledore ne l’a préservé que pour mieux le sacrifier : le renversement est renforcé par le fait que cet écœurement et cette révolte sont manifestement partagés par Snape, le mauvais père.

Avant de triompher, dans le monomythe, le héros doit arriver à réconcilier dans sa tête les deux aspect du père pour mieux se comprendre lui-même. Il passe ensuite par une phase d’apothéose dans laquelle il doit se sacrifier avant de renaître, ce qui lui permet de changer sa vision du monde et de revenir plus fort. Luke et Harry connaissent ainsi tous deux une expérience onirique les faisant grandir. Dans l’Empire contre-attaque, sur Dagobah, Luke mène un combat symbolique contre Dark Vador et le tue. Luke découvre alors en Dark Vador un autre lui-même, ce qui souligne le lien profond unissant les deux personnages. Luke combat ensuite Vador dans la réalité, apprend que ce dernier est son père, et choisit la mutilation (main coupée) plutôt que le côté obscur. À ce moment même, en choisissant le sacrifice plutôt que le chemin du père en toute connaissance de cause, il rentre dans l’âge adulte, ce qui lui permettra de vaincre à la fin. Harry, de la même façon, se sacrifie, non sans colère contre Dumbledore. Mais c’est ce sacrifice même qui le fait évoluer, lui permet de se réconcilier symboliquement avec Dumbledore, avant de revenir d’entre les morts et de triompher finalement.

Je pense qu’en cherchant, on peut trouver d’autres parallèles : par exemple le trio Harry-Ron-Hermione n’est pas sans rappeler le trio Luke-Solo-Leia. Hermione est la sœur symbolique d’Harry : tous deux sont des magiciens doués, élevés par des Muggle. Solo et Ron sont les amis fidèles, les compagnons, qui draguent la petite soeur, feront défection à un moment ou un autre avant de revenir. Quoi qu’il en soit, je pense que pour toutes ces raisons, l’histoire d’Harry Potter est bel et bien un mythe moderne !
source : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=27482

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errol partridge
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Message par errol partridge » 04 août 2007 - 23:44

mouarf c'est une vision des choses... :roll: mais de là à ce que ça devienne un mythe, c'est un peu poussé quand même; on verra dans 2000 ans, s'ils en parlent encore alors c'est bon 8)

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Saintemew
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Message par Saintemew » 04 août 2007 - 23:46

Un mythe, je ne pense pas mais que cela reste dans la même envergure que le seigneur des anneaux pourquoi pas.

Sarah
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Message par Sarah » 05 août 2007 - 00:00

dans "mythe moderne" je crois que l'auteur de l'article veut dire que c'est une histoire moderne qui comporte ts les elements d'un mythe (cf debut de l'article :wink: )

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errol partridge
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Message par errol partridge » 05 août 2007 - 00:06

ben si ça comporte tous les éléments d'un mythe donc s'en est un :roll: et du coup, c'est un mythe moderne :mrgreen: *ok me tapez pas dessus je :arrow: *

Sarah
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Message par Sarah » 05 août 2007 - 00:09

:lol:

la difference entre ce que vs avez dit et ce que j'ai dit c'est que, rien ne dit que ds 2000 ans HP sera tjs connu ... ms qu'il a la structure d'un mythe :mrgreen:

galéa
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Message par galéa » 06 août 2007 - 18:12

Oui il a probablement la structure d'un mythe mais de la à savoir si dans 2000 ce sera la même chose ... On aura un peu de mal même les plus jeunes parmis nous ... lol :?
j'ai envie de lire
..................j'ai besoin d'écrire

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PennyLane
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Message par PennyLane » 06 août 2007 - 19:19

Je ne sais pas, mais je pense que Harry Potter restera malgrès tout très connu... l'impact rapide qu'il a eu est assez semblable, encore que dans d'autres registres, à celu ide Dracula par exemple, qui a pu assoir et façonner un certain aspect du mythe du vampire (renforcé par le film Nosferatu). si Harry Potter avait été un feu de paille l'intérêt aurait décru au fil des livres... dans 2000 ans je sais pas, mais tout le monde à l'avenir saura qui est Harry Potter comme tout le monde sait qui est Dracula je suppose...
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Lylene
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Message par Lylene » 07 août 2007 - 14:16

je reviens sur l'article... (qui, lui, sera assurément inconnu dans 2000 ans...)
J'appelle ça enfoncer des portes ouvertes... on peut faire des parallèles entre Harry et plein d'autres oeuvres, et Star Wars n'est pas un schéma totalement inédit...
Pour ceux que les structures d'histoires intéressent, il y a Morphologie du conte, de Vladimir Propp.
Pour ceux qui veulent savoir pourquoi la mère est intouchable et papa est un s***d-qu'il-faut-tuer, il suffit de lire Psychanalyse des contes de fées, de Bettelheim.

J'aurais plutôt cité Dr Jekyll et Mr Hyde, de Stevenson, en intertextualité, pour parler de la figure du double maléfique, en ce qui concerne Harry et Voldemort...
Voldemort n'étant pas sch... le père sch... de Harry... sch... :lol:
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Sarah
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Message par Sarah » 07 août 2007 - 15:15

lylene a écrit : Pour ceux qui veulent savoir pourquoi la mère est intouchable et papa est un s***d-qu'il-faut-tuer, il suffit de lire Psychanalyse des contes de fées, de Bettelheim.
J'approuve. Un livre des plus interessants que j'ai eu l'occasion de feuilleter lors d'un de mes cours et que je lirais surement dès la rentrée

Nikka
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Message par Nikka » 07 août 2007 - 20:37

"Quoi qu’il en soit, je pense que pour toutes ces raisons, l’histoire d’Harry Potter est bel et bien un mythe moderne !"
Non. Mais comme dit Sarah, il a bel et bien la structure du mythe moderne. Cependant il n'est pas le seul. Lier Harry à Star Wars, qui sont 2 lectures qui ont bercé plusieurs générations, occultent les nombreuses autres histoires au même schéma de "mythe" (je pense notamment à Avatar...)
D'autres part, notons que cette structure dite de "mythe moderne" n'est pas symbole de perfection, et que de nombreuses oeuvres pouvant prétendre à la qualité de "mythes modernes" n'ont pas cette structure (Le seigneur des Anneaux, par exemple, est libéré de ces contraintes psychanalitiques).
lylene a écrit :je reviens sur l'article... (qui, lui, sera assurément inconnu dans 2000 ans...)
J'appelle ça enfoncer des portes ouvertes... on peut faire des parallèles entre Harry et plein d'autres oeuvres, et Star Wars n'est pas un schéma totalement inédit...
Pas faux pour l'article :lol:
Tout à fait d'accord pour le coup des parallèles . Le hic c'est qu'on (je :roll:) cherche parfois trop de parallèles, souvent, au point de tirer le texte au point de le rendre grotesque...

J'aurais plutôt cité Dr Jekyll et Mr Hyde, de Stevenson, en intertextualité, pour parler de la figure du double maléfique, en ce qui concerne Harry et Voldemort...
C'est marrant mais malgré les thèmes similaires entre les deux oeuvres j'arrive pas à voir de réel rapprochement entre l'oeuvre de Stevenson et Harry Potter. Pas seulement du fait de la différence litté pour enfants/roman gothique, mais surtout de la différence de création des doubles: Henry Jekyll crée Mister Hyde pour échapper aux contraintes de la société victoriennes, et autre différence fondamentale, c'est le "gentil double" qui crée le "maléfique".
Dans Harry Potter, c'est différent: la peur de la destruction engendre le côté maléfique (Voldemort) à commettre un acte qui, plus tard, engendra une créature "bénéfique" (Harry Potter), et causera son anéantissement. Il n'y a aucune dimension gothique dans leur relation, qui est plus liée à l'idée qu'un péché en entraine un autre (Cain est jaloux...Il tue Abel..."Mais l'oeil était dans la tombe et regardait Cain" :roll: ...Et Cain devient dingue. Bon, ok, c'est pas Abel qui revit et tue Cain, mais c'est la Bible, c'est pas le genre^^)
Bref, pour moi il n'y a pas de relation de double entre Voldemort et Harry, plutôt une relation genre créateur-créature, où Voldemort a créé (bien malgré lui) l'instrument de sa défaite.
(en espérant avoir été claire et n'avoir pas fait trop de off-topic, je m'en vais manger)
"In omnibus requiem quaesivi, et nusquam inveni nisi in angulo cum libro"
http://requiemcumlibro.leforum.eu/

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