Redonne un sens à ta vie... XD

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CharlenePotter
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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par CharlenePotter » 03 juin 2015 - 08:29

ten.
the nights like this are the ones where you almost ask for help but you can’t seem to spit out the words through the mouthfuls of blood.
nine.
the sky is the color of ink and the breeze sends a chill down to your bone marrow. you wonder if you’ll ever feel warm again.
eight.
tears are dripping from your eyes and red is dripping from the tops of your thighs. you pretended you were invincible until tonight, played dress-up in an immortal skin. two thousand years ago, a princess of a long dead kingdom might have worn that sad smile.
seven.
you could have been a city with eyes like that. you could have been so many things. you kissed boys with cigarette teeth and girls with vodka lips but you can never get the taste of ancient ruins out of your mouth.
six.
if you tried hard enough, you could paint your mouth the color of cherries and cover up the scars. if you do, you will be beautiful. you really will. someone could almost love you someday.
five.
you’ll never let it get this bad again if you make it through the night.
four.
when you were seven you forgot to feed your pet goldfish and it died. you buried it in your backyard because you didn’t want to flush it. the only thing that matters at three a.m. is your dead goldfish, and everything else you’ve ever destroyed. nothing lasts if your hands linger too long. you’re sure this is how midas felt.
three.
your body is a temple. your body is a temple. it is the sacking of jerusalem beneath your skin. nothing sacred is left here. all the holiness has drained from your bones.
two.
you were never the calm before the storm. everyone says that tornadoes sound like freight trains. you are screaming at the top of your lungs and the wind is howling through your hair. in the right light, this could be poetry instead of pain.
one.
this is when the shatter comes. it’s slipping through your fingers now. your heart is cracked stained glass. your smile is just punched-out teeth. your world is ending, the entire universe swallowed up in ten nine eight seven six five four three two one
zero.
Self-destruct in 10 by Auriel Haack


Si ça ça vous aide pas à redonner un sens à votre vie, je n'y comprends plus rien ^^
"L'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne"

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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par Alienor la Fantasque » 11 juin 2015 - 18:14

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches,
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches,
Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux.

J'arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée,
Rêve des chers instants qui la délasseront.

Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encore de vos derniers baisers ;
Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête,
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

"Green" - [u]Paul Verlaine[/u] ([i]Romances sans paroles[/i])

Mon ex m'a récité ce poème un jour, même si je n'en connaissais pas le titre (il étudiait le recueil en classe prépa). Le relire maintenant m'a rappelé ce moment, et ça a réveillé quelques regrets. Mais au moins, je sais que ça va mieux : ça a provoqué plutôt ce que j'appelle une "bonne" nostalgie, quelque chose de positif en tout cas.
Dernière édition par Alienor la Fantasque le 20 mars 2016 - 09:17, édité 1 fois.
On commence toujours par être un raté. (...) Parce que l'adolescent rêve, parce qu'il ne fait pas ce qu'il faut, parce qu'il pose la barre trop haut (...) On passe plus de temps à se dire qu'on va faire qu'à faire. Ma volonté s'est d'abord éveillée comme une velléité.
(...) Toute ma vie je me demanderai si je suis bien à la hauteur de mon ambition. Toute ma vie je me sentirai plus raté que réussi. Le ratage est le souci constant, intime, continu d'une vie d'artiste."

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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par emiwyn » 13 juin 2015 - 11:26

Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir

Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises

II y a l'air il y a le vent
Les montagnes l'eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre

Apprends à vendre à acheter à revendre
Donne prends donne prends

Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler

Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t'en

Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe l'œil
Je prends mon bain et je regarde

Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t'aime
Blaise Cendrars, Feuilles de route, 1924

J'ai découvert ce poème en le faisant passer au bac blanc d'une classe, et j'ai vraiment adoré. Je le trouve à la fois magnifique et prosaïque et poétique et fou.
Image

Envole-moi, remplis ma tête d'autres horizons, d'autres mots.

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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par Alienor la Fantasque » 14 juin 2015 - 13:33

Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s'empoisonnent
Le colchique couleur de cerne et de lilas
Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-là
Violâtres comme leur cerne et comme cet automne
Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne

Les enfants de l'école viennent avec fracas
Vêtus de hoquetons et jouant de l'harmonica
Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères
Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières
Qui battent comme les fleurs battent au vent dément

Le gardien du troupeau chante tout doucement
Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent
Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l'automne

"Les colchiques" - [u]Guillaume Apollinaire [/u]([i]Alcools[/i])

Souvenir de la longue et passionnante lecture analytique qu'on avait faite en français. Depuis, j'ai un faible pour Guillaume Apollinaire.
Dernière édition par Alienor la Fantasque le 20 mars 2016 - 09:16, édité 1 fois.
On commence toujours par être un raté. (...) Parce que l'adolescent rêve, parce qu'il ne fait pas ce qu'il faut, parce qu'il pose la barre trop haut (...) On passe plus de temps à se dire qu'on va faire qu'à faire. Ma volonté s'est d'abord éveillée comme une velléité.
(...) Toute ma vie je me demanderai si je suis bien à la hauteur de mon ambition. Toute ma vie je me sentirai plus raté que réussi. Le ratage est le souci constant, intime, continu d'une vie d'artiste."

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sfan
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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par sfan » 28 juin 2015 - 11:17

J'ai hésité à si je devais mettre un extrait de la Prose du transsibérien ici, mais je peux pas résister quand même, parce que c'est vraiment bien. ♥
Du coup, je mets le début :
En ce temps-là, j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J'étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon coeur tour à tour brûlait comme le temple d'Ephèse ou comme la Place Rouge de Moscou quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j'étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu'au bout.

Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare croustillé d'or,
Avec les grandes amandes des cathédrales, toutes blanches
Et l'or mielleux des cloches...
Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode
J'avais soif
Et je déchiffrais des caractères cunéiformes
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s'envolaient sur la place
Et mes mains s'envolaient aussi avec des bruissements d'albatros
Et ceci, c'était les dernières réminiscences
Du dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer.

Pourtant, j'étais fort mauvais poète.
Je ne savais pas aller jusqu'au bout.
J'avais faim
Et tous les jours et toutes les femmes dans les cafés et tous les verres
J'aurais voulu les boire et les casser
Et toutes les vitrines et toutes les rues
Et toutes les maisons et toutes les vies
Et toutes les roues des fiacres qui tournaient en tourbillon sur les mauvais pavés
J'aurais voulu les plonger dans une fournaise de glaive
Et j'aurais voulu broyer tous les os
Et arracher toutes les langues
Et liquéfier tous ces grands corps étranges et nus sous les vêtements qui m'affolent...
Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution russe...
Et le soleil était une mauvaise plaie
Qui s'ouvrait comme un brasier

En ce temps-là j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de ma naissance
J'étais à Moscou où je voulais me nourrir de flammes
Et je n'avais pas assez des tours et des gares que constellaient mes yeux

En Sibérie tonnait le canon, c'était la guerre
La faim le froid la peste et le choléra
Et les eaux limoneuses de l'Amour charriaient des millions de charognes
Dans toutes les gares je voyais partir tous les dernier trains

Personne ne pouvait plus partir car on ne délivrait plus de billets
Et les soldats qui s'en allaient auraient bien voulu rester...
Un vieux moine me chantait la légende de Novgorod

Moi, le mauvais poète, qui ne voulais aller nulle part, je pouvais aller partout
Et aussi les marchands avaient encore assez d'argent pour tenter aller faire fortune.
Leur train partait tous les vendredis matins.
On disait qu'il y avait beaucoup de morts.

L'un emportait cent caisses de réveils et de coucous de la forêt noire
Un autre, des boites à chapeaux, des cylindres et un assortiment de tire-bouchons de Sheffield
Un des autres, des cercueils de Malmoë remplis de boites de conserve et de sardines à l'huile
Puis il y avait beaucoup de femmes
Des femmes, des entrejambes à louer qui pouvaient aussi servir
Des cercueils
"Et les eaux limoneuses de l'Amour charriaient des millions de charognes" ♥ (Oui, je sais, c'est un fleuve :mrgreen: :mrgreen: )

Edit : de Cendrars bien sûr, j'avais oublié de le préciser :)
Dernière édition par sfan le 02 juil. 2015 - 16:55, édité 1 fois.
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"L'étonnement est le commencement timide de la jouissance." Barthes

"La beauté sera CONVULSIVE ou elle ne sera pas" Breton


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CharlenePotter
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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par CharlenePotter » 02 juil. 2015 - 14:27

En effet, c'est magnifique Sfan. Par contre, pense à créditer correctement, il manque le nom de l'auteur ;)

Yesterday, mom put me to bed
She told me a story, a new one, she said
Her beautiful story was a tasty bait
Yesterday, i was only eight

I woke up with throbs in my head
My pink curtains were so white, instead
But, my dolls still stared the same
They never told me whom to blame

Was it mom who wished i grow?
I saw her dandelions fly, as she used to blow
Or perhaps i have slept for too long
As she sang me my favorite song!

My hair's now longer, my nails are French
I saw the differences on every inch
But, as well as i can recall,
I've never wished for this, not at all!
―Lina Mady
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Fleur d'épine
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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par Fleur d'épine » 31 juil. 2015 - 17:46

- Te souvient-il de notre extase ancienne ?
- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?

- Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ?
- Non.

Un classique... mais j'avais besoin de le lire, et de l'écrire ici. Peut-être a-t-il déjà été posté ? Je ne sais pas, je ne l'ai pas trouvé.
(J'ai volontairement sauté une ligne avant le "non", pour que ce soit plus brutal, mais c'est une faute parce que Verlaine l'intègre au vers précédent)

Verlaine, Extrait de Colloque sentimental
Image Image Image
=> Au printemps, les fleurs se multiplient... et les reviews aussi ! <=
Retour du Défi Review
Pour plus d’informations, rendez-vous sur ce topic

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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par Alienor la Fantasque » 06 août 2015 - 11:28

I

Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.
Nous marchions sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçu les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. -- Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs ; Seulement
La girouette en deuil criait au firmament ;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d'en-bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête
A regardé le sable en s'y couchant ; Bientôt,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçait la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse ;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,
Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu'adorait les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris ;
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

II

J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n'ai pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux la belle et sombre veuve
Ne l'eût pas laissé seul subir la grande épreuve ;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes
Que l'homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

III

Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez, sublimes animaux !
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
- Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur !
Il disait : " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. "

"La mort du loup" - [u]Alfred de Vigny[/u] ([i]Les Destinées[/i])[/quote]

L'édition que j'ai a rectifié un passage, vers 17 à 23 :
[i]Rien ne bruissait donc, quand, marchant tête basse,
Le plus vieux des chasseurs nous indiqua la trace
De deux grands-loups-cerviers et de deux louveteaux.[/i]
L'explication, c'est que cette version du poème est antérieure, et qu'Alfred de Vigny a de ce fait rectifié des passages qui présentaient des maladresses. Mais toutes les éditions ont présenté cette version à ce jour...

De même, le vers 25 : [i]Et je vois au-delà quatre formes légères[/i] ; "quatre" est remplacé par "quelques", parce que le nombre ne se justifiait pas (on parle seulement des louveteaux). "Deux" ne fonctionnant pas, le poète a choisi l'indéfini pour atteindre les douze pieds.

En tout cas, ce poème m'a touchée, beaucoup plus que pour le reste du recueil. Quoique le poète a écrit un autre poème assez criant pour moi :

[quote](...)
Nous savons qu'il naîtra, dans le lointain des âges,
Des dominateurs durs escortés de faux sages,
Qui troubleront l'esprit de chaque nation
En donnant un faux sens à ma rédemption.
(...)

"Le mont des oliviers" ([i]Les Destinées[/i])

Il y a aussi un autre poème de Vigny que j'aime beaucoup, mais je le posterai peut-être demain vu sa longueur.
Dernière édition par Alienor la Fantasque le 20 mars 2016 - 09:16, édité 1 fois.
On commence toujours par être un raté. (...) Parce que l'adolescent rêve, parce qu'il ne fait pas ce qu'il faut, parce qu'il pose la barre trop haut (...) On passe plus de temps à se dire qu'on va faire qu'à faire. Ma volonté s'est d'abord éveillée comme une velléité.
(...) Toute ma vie je me demanderai si je suis bien à la hauteur de mon ambition. Toute ma vie je me sentirai plus raté que réussi. Le ratage est le souci constant, intime, continu d'une vie d'artiste."

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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par Alienor la Fantasque » 07 août 2015 - 17:19

A Eva

Si ton cœur, gémissant du poids de notre vie,
Se traîne et se débat comme un aigle blessé,
Portant comme le mien, sur son aile asservie,
Tout un monde fatal, écrasant et glacé ;
S'il ne bat qu'en saignant par sa plaie immortelle,
S'il ne voit plus l'amour, son étoile fidèle,
Éclairer pour lui seul l'horizon effacé ;

Si ton âme enchaînée, ainsi que l'est mon âme,
Lasse de son boulet et de son pain amer,
Sur sa galère en deuil laisse tomber la rame,
Penche sa tête pâle et pleure sur la mer,
Et, cherchant dans les flots une route inconnue,
Y voit, en frissonnant, sur son épaule nue
La lettre sociale écrite avec le fer ;

Si ton corps frémissant des passions secrètes,
S'indigne des regards, timide et palpitant ;
S'il cherche à sa beauté de profondes retraites
Pour la mieux dérober au profane insultant ;
Si ta lèvre se sèche au poison des mensonges,
Si ton beau front rougit de passer dans les songes
D'un impur inconnu qui te voit et t'entend,

Pars courageusement, laisse toutes les villes ;
Ne ternis plus tes pieds aux poudres du chemin
Du haut de nos pensers vois les cités serviles
Comme les rocs fatals de l'esclavage humain.
Les grands bois et les champs sont de vastes asiles,
Libres comme la mer autour des sombres îles.
Marche à travers les champs une fleur à la main.

La Nature t'attend dans un silence austère ;
L'herbe élève à tes pieds son nuage des soirs,
Et le soupir d'adieu du soleil à la terre
Balance les beaux lys comme des encensoirs.
La forêt a voilé ses colonnes profondes,
La montagne se cache, et sur les pâles ondes
Le saule a suspendu ses chastes reposoirs.

Le crépuscule ami s'endort dans la vallée,
Sur l'herbe d'émeraude et sur l'or du gazon,
Sous les timides joncs de la source isolée
Et sous le bois rêveur qui tremble à l'horizon,
Se balance en fuyant dans les grappes sauvages,
Jette son manteau gris sur le bord des rivages,
Et des fleurs de la nuit entrouvre la prison.

Il est sur ma montagne une épaisse bruyère
Où les pas du chasseur ont peine à se plonger,
Qui plus haut que nos fronts lève sa tête altière,
Et garde dans la nuit le pâtre et l'étranger.
Viens y cacher l'amour et ta divine faute ;
Si l'herbe est agitée ou n'est pas assez haute,
J'y roulerai pour toi la Maison du Berger.

Elle va doucement avec ses quatre roues,
Son toit n'est pas plus haut que ton front et tes yeux
La couleur du corail et celle de tes joues
Teignent le char nocturne et ses muets essieux.
Le seuil est parfumé, l'alcôve est large et sombre,
Et là, parmi les fleurs, nous trouverons dans l'ombre,
Pour nos cheveux unis, un lit silencieux.

Je verrai, si tu veux, les pays de la neige,
Ceux où l'astre amoureux dévore et resplendit,
Ceux que heurtent les vents, ceux que la mer assiège,
Ceux où le pôle obscur sous sa glace est maudit.
Nous suivrons du hasard la course vagabonde.
Que m'importe le jour ? que m'importe le monde ?
Je dirai qu'ils sont beaux quand tes yeux l'auront dit.

Que Dieu guide à son but la vapeur foudroyante
Sur le fer des chemins qui traversent les monts,
Qu'un Ange soit debout sur sa forge bruyante,
Quand elle va sous terre ou fait trembler les ponts
Et, de ses dents de feu, dévorant ses chaudières,
Transperce les cités et saute les rivières,
Plus vite que le cerf dans l'ardeur de ses bonds

Oui, si l'Ange aux yeux bleus ne veille sur sa route,
Et le glaive à la main ne plane et la défend,
S'il n'a compté les coups du levier, s'il n'écoute
Chaque tour de la roue en son cours triomphant,
S'il n'a l’œil sur les eaux et la main sur la braise
Pour jeter en éclats la magique fournaise,
Il suffira toujours du caillou d'un enfant.

Sur le taureau de fer qui fume, souffle et beugle,
L'homme a monté trop tôt. Nul ne connaît encor
Quels orages en lui porte ce rude aveugle,
Et le gai voyageur lui livre son trésor,
Son vieux père et ses fils, il les jette en otage
Dans le ventre brûlant du taureau de Carthage,
Qui les rejette en cendre aux pieds du Dieu de l'or.

Mais il faut triompher du temps et de l'espace,
Arriver ou mourir. Les marchands sont jaloux.
L'or pleut sous les chardons de la vapeur qui passe,
Le moment et le but sont l'univers pour nous.
Tous se sont dit : " Allons ! " Mais aucun n'est le maître
Du dragon mugissant qu'un savant a fait naître ;
Nous nous sommes joués à plus fort que nous tous.
Eh bien ! que tout circule et que les grandes causes
Sur des ailes de feu lancent les actions,
Pourvu qu'ouverts toujours aux généreuses choses,
Les chemins du vendeur servent les passions.
Béni soit le Commerce au hardi caducée,
Si l'Amour que tourmente une sombre pensée
Peut franchir en un jour deux grandes nations.

Mais, à moins qu'un ami menacé dans sa vie
Ne jette, en appelant, le cri du désespoir,
Ou qu'avec son clairon la France nous convie
Aux fêtes du combat, aux luttes du savoir ;
A moins qu'au lit de mort une mère éplorée
Ne veuille encor poser sur sa race adorée
Ces yeux tristes et doux qu'on ne doit plus revoir,

Évitons ces chemins. - Leur voyage est sans grâces,
Puisqu'il est aussi prompt, sur ses lignes de fer,
Que la flèche lancée à travers les espaces
Qui va de l'arc au but en faisant siffler l'air.
Ainsi jetée au loin, l'humaine créature
Ne respire et ne voit, dans toute la nature,
Qu'un brouillard étouffant que traverse un éclair.

On n'entendra jamais piaffer sur une route
Le pied vif du cheval sur les pavés en feu ;
Adieu, voyages lents, bruits lointains qu'on écoute,
Le rire du passant, les retards de l'essieu,
Les détours imprévus des pentes variées,
Un ami rencontré, les heures oubliées
L'espoir d'arriver tard dans un sauvage lieu.

La distance et le temps sont vaincus. La science
Trace autour de la terre un chemin triste et droit.
Le Monde est rétréci par notre expérience
Et l'équateur n'est plus qu'un anneau trop étroit.
Plus de hasard. Chacun glissera sur sa ligne,
Immobile au seul rang que le départ assigne,
Plongé dans un calcul silencieux et froid.

Jamais la Rêverie amoureuse et paisible
N'y verra sans horreur son pied blanc attaché ;
Car il faut que ses yeux sur chaque objet visible
Versent un long regard, comme un fleuve épanché ;
Qu'elle interroge tout avec inquiétude,
Et, des secrets divins se faisant une étude,
Marche, s'arrête et marche avec le col penché.

"La Maison du Berger" (I) - [u]Alfred de Vigny[/u] ([i]Les Destinées[/i])
Dernière édition par Alienor la Fantasque le 20 mars 2016 - 09:17, édité 1 fois.
On commence toujours par être un raté. (...) Parce que l'adolescent rêve, parce qu'il ne fait pas ce qu'il faut, parce qu'il pose la barre trop haut (...) On passe plus de temps à se dire qu'on va faire qu'à faire. Ma volonté s'est d'abord éveillée comme une velléité.
(...) Toute ma vie je me demanderai si je suis bien à la hauteur de mon ambition. Toute ma vie je me sentirai plus raté que réussi. Le ratage est le souci constant, intime, continu d'une vie d'artiste."

Eric-Emmanuel Schmitt

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Lunalice
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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par Lunalice » 20 août 2015 - 22:39

Aujourd'hui et demain, c'est l'anniversaire du procès des Fleurs du Mal, qui a conduit à la suppression de six poèmes du receuil. Je n'ai pas réussi à choisir mon préféré, donc je vous offre mes deux préférés :)

Lesbos

Mère des jeux latins et des voluptés grecques,
Lesbos, où les baisers, languissants ou joyeux,
Chauds comme les soleils, frais comme les pastèques,
Font l'ornement des nuits et des jours glorieux,
Mère des jeux latins et des voluptés grecques,

Lesbos, où les baisers sont comme les cascades
Qui se jettent sans peur dans les gouffres sans fonds
Et courent , sanglotant et gloussant par saccades,
Orageux et secrets, fourmillants et profonds ;
Lesbos, où les baisers sont comme les cascades !

Lesbos, où les Phrynés l'une l'autre s'attirent,
Où jamais un soupir ne resta sans écho,
A l'égal de Paphos les étoiles t'admirent,
Et Vénus à bon droit peut jalouser Sapho !
Lesbos, où les Phrynés l'une l'autre s'attirent,

Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,
Qui font qu'à leurs miroirs, stérile volupté !
Les filles aux yeux creux, de leur corps amoureuses,
Caressent les fruits mûrs de leur nubilité ;
Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,

Laisse du vieux Platon se froncer l'oeil austère ;
Tu tires ton pardon de l'excès des baisers,
Reine du doux empire, aimable et noble terre,
Et des raffinements toujours inépuisés.
Laisse du vieux Platon se froncer l'oeil austère.

Tu tires ton pardon de l'éternel martyre,
Infligé sans relâche aux coeurs ambitieux,
Qu'attire loin de nous le radieux sourire
Entrevu vaguement au bord des autres cieux !
Tu tires ton pardon de l'éternel martyre !

Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge
Et condamner ton front pâli dans les travaux,
Si ses balances d'or n'ont pesé le déluge
De larmes qu'à la mer ont versé tes ruisseaux ?
Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge ?

Que nous veulent les lois du juste et de l'injuste ?
Vierges au coeur sublime, honneur de l'Archipel,
Votre religion comme une autre est auguste,
Et l'amour se rira de l'Enfer et du Ciel !
Que nous veulent les lois du juste et de l'injuste ?

Car Lesbos entre tous m'a choisi sur la terre
Pour chanter le secret de ses vierges en fleurs,
Et je fus dès l'enfance admis au noir mystère
Des rires effrénés mêlés aux sombres pleurs ;
Car Lesbos entre tous m'a choisi sur la terre.

Et depuis lors je veille au sommet de Leucate,
Comme une sentinelle à l'oeil perçant et sûr,
Qui guette nuit et jour brick, tartane ou frégate,
Dont les formes au loin frissonnent dans l'azur ;
Et depuis lors je veille au sommet de Leucate,

Pour savoir si la mer est indulgente et bonne,
Et parmi les sanglots dont le roc retentit
Un soir ramènera vers Lesbos, qui pardonne,
Le cadavre adoré de Sapho qui partit
Pour savoir si la mer est indulgente et bonne !

De la mâle Sapho, l'amante et le poète,
Plus belle que Vénus par ses mornes pâleurs !
- L'oeil d'azur est vaincu par l'oeil noir que tachète
Le cercle ténébreux tracé par les douleurs
De la mâle Sapho, l'amante et le poète !

- Plus belle que Vénus se dressant sur le monde
Et versant les trésors de sa sérénité
Et le rayonnement de sa jeunesse blonde
Sur le vieil Océan de sa fille enchanté ;
Plus belle que Vénus se dressant sur le monde !

- De Sapho qui mourut le jour de son blasphème,
Quand, insultant le rite et le culte inventé,
Elle fit son beau corps la pâture suprême
D'un brutal dont l'orgueil punit l'impiété
De celle qui mourut le jour de son blasphème.

Et c'est depuis ce temps que Lesbos se lamente,
Et, malgré les honneurs que lui rend l'univers,
S'enivre chaque nuit du cri de la tourmente
Que poussent vers les cieux ses rivages déserts.
Et c'est depuis ce temps que Lesbos se lamente !


Femmes Damnées (Delphine et Hippolyte)

À la pâle clarté des lampes languissantes,
Sur de profonds coussins tout imprégnés d'odeur
Hippolyte rêvait aux caresses puissantes
Qui levaient le rideau de sa jeune candeur.

Elle cherchait, d'un oeil troublé par la tempête,
De sa naïveté le ciel déjà lointain,
Ainsi qu'un voyageur qui retourne la tête
Vers les horizons bleus dépassés le matin.

De ses yeux amortis les paresseuses larmes,
L'air brisé, la stupeur, la morne volupté,
Ses bras vaincus, jetés comme de vaines armes,
Tout servait, tout parait sa fragile beauté.

Étendue à ses pieds, calme et pleine de joie,
Delphine la couvait avec des yeux ardents,
Comme un animal fort qui surveille une proie,
Après l'avoir d'abord marquée avec les dents.

Beauté forte à genoux devant la beauté frêle,
Superbe, elle humait voluptueusement
Le vin de son triomphe, et s'allongeait vers elle,
Comme pour recueillir un doux remerciement.

Elle cherchait dans l'oeil de sa pâle victime
Le cantique muet que chante le plaisir,
Et cette gratitude infinie et sublime
Qui sort de la paupière ainsi qu'un long soupir.

— «Hippolyte, cher coeur, que dis-tu de ces choses?
Comprends-tu maintenant qu'il ne faut pas offrir
L'holocauste sacré de tes premières roses
Aux souffles violents qui pourraient les flétrir ?

Mes baisers sont légers comme ces éphémères
Qui caressent le soir les grands lacs transparents,
Et ceux de ton amant creuseront leurs ornières
Comme des chariots ou des socs déchirants;

Ils passeront sur toi comme un lourd attelage
De chevaux et de boeufs aux sabots sans pitié...
Hippolyte, ô ma soeur! tourne donc ton visage,
Toi, mon âme et mon coeur, mon tout et ma moitié,

Tourne vers moi tes yeux pleins d'azur et d'étoiles!
Pour un de ces regards charmants, baume divin,
Des plaisirs plus obscurs je lèverai les voiles,
Et je t'endormirai dans un rêve sans fin!»

Mais Hippolyte alors, levant sa jeune tête:
— «Je ne suis point ingrate et ne me repens pas,
Ma Delphine, je souffre et je suis inquiète,
Comme après un nocturne et terrible repas.

Je sens fondre sur moi de lourdes épouvantes
Et de noirs bataillons de fantômes épars,
Qui veulent me conduire en des routes mouvantes
Qu'un horizon sanglant ferme de toutes parts.

Avons-nous donc commis une action étrange ?
Explique, si tu peux, mon trouble et mon effroi:
Je frissonne de peur quand tu me dis: 'Mon ange!'
Et cependant je sens ma bouche aller vers toi.

Ne me regarde pas ainsi, toi, ma pensée!
Toi que j'aime à jamais, ma soeur d'élection,
Quand même tu serais une embûche dressée
Et le commencement de ma perdition!»

Delphine secouant sa crinière tragique,
Et comme trépignant sur le trépied de fer,
L'oeil fatal, répondit d'une voix despotique:
— «Qui donc devant l'amour ose parler d'enfer ?

Maudit soit à jamais le rêveur inutile
Qui voulut le premier, dans sa stupidité,
S'éprenant d'un problème insoluble et stérile,
Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté!

Celui qui veut unir dans un accord mystique
L'ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour,
Ne chauffera jamais son corps paralytique
À ce rouge soleil que l'on nomme l'amour!

Va, si tu veux, chercher un fiancé stupide;
Cours offrir un coeur vierge à ses cruels baisers;
Et, pleine de remords et d'horreur, et livide,
Tu me rapporteras tes seins stigmatisés...

On ne peut ici-bas contenter qu'un seul maître!»
Mais l'enfant, épanchant une immense douleur,
Cria soudain: — «Je sens s'élargir dans mon être
Un abîme béant; cet abîme est mon coeur!

Brûlant comme un volcan, profond comme le vide!
Rien ne rassasiera ce monstre gémissant
Et ne rafraîchira la soif de l'Euménide
Qui, la torche à la main, le brûle jusqu'au sang.

Que nos rideaux fermés nous séparent du monde,
Et que la lassitude amène le repos!
Je veux m'anéantir dans ta gorge profonde,
Et trouver sur ton sein la fraîcheur des tombeaux!»

— Descendez, descendez, lamentables victimes,
Descendez le chemin de l'enfer éternel!
Plongez au plus profond du gouffre, où tous les crimes
Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel,

Bouillonnent pêle-mêle avec un bruit d'orage.
Ombres folles, courez au but de vos désirs;
Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage,
Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs.

Jamais un rayon frais n'éclaira vos cavernes;
Par les fentes des murs des miasmes fiévreux
Filtrent en s'enflammant ainsi que des lanternes
Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux.

L'âpre stérilité de votre jouissance
Altère votre soif et roidit votre peau,
Et le vent furibond de la concupiscence
Fait claquer votre chair ainsi qu'un vieux drapeau.

Loin des peuples vivants, errantes, condamnées,
À travers les déserts courez comme les loups;
Faites votre destin, âmes désordonnées,
Et fuyez l'infini que vous portez en vous!
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LilTangerine
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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par LilTangerine » 13 nov. 2015 - 15:09

Elle se refuse toujours à comprendre, à entendre,
Elle rit pour cacher sa terreur d'elle même.
Elle a toujours marché sous les arches des nuits
Et partout où elle a passé
Elle a laissé
L'empreinte des choses brisées.

Les petits justes, VIII
Danseur faible qui dans les coins
Avance sa poitrine étroite
Il perd haleine il est dans un terrier
La nuit lui lèche les vertèbres
La terre mord son destin
Je suis sur le toit
Tu n'y viendras plus.

Secondes natures, XV
Capitale de la douleur, Paul Eluard.

Voilà, j'ai acheté un nouveau recueil! Et pour le prochain, je passe à Verlaine :D
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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par Lunalice » 16 nov. 2015 - 00:25

Paris

Où fait-il bon même au cœur de l’orage
Où fait-il clair même au cœur de la nuit
L’air est alcool et le malheur courage
Carreaux cassés l’espoir encore y luit
Et les chansons montent des murs détruits

Jamais éteint renaissant de la braise
Perpétuel brûlot de la patrie
Du Point-du-Jour jusqu’au Père-Lachaise
Ce doux rosier au mois d’août refleuri
Gens de partout c’est le sang de Paris

Rien n’a l’éclat de Paris dans la poudre
Rien n’est si pur que son front d’insurgé
Rien n’est ni fort ni le feu ni la foudre
Que mon Paris défiant les dangers
Rien n’est si beau que ce Paris que j’ai

Rien ne m’a fait jamais battre le coeur
Rien ne m’a fait ainsi rire et pleurer
Comme ce cri de mon peuple vainqueur
Rien n’est si grand qu’un linceul déchiré
Paris Paris soi-même libéré

Louis Aragon, 1944
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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par Alienor la Fantasque » 20 mars 2016 - 09:18

Le Pont Mirabeau

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Guillaume Apollinaire, Alcools.
On commence toujours par être un raté. (...) Parce que l'adolescent rêve, parce qu'il ne fait pas ce qu'il faut, parce qu'il pose la barre trop haut (...) On passe plus de temps à se dire qu'on va faire qu'à faire. Ma volonté s'est d'abord éveillée comme une velléité.
(...) Toute ma vie je me demanderai si je suis bien à la hauteur de mon ambition. Toute ma vie je me sentirai plus raté que réussi. Le ratage est le souci constant, intime, continu d'une vie d'artiste."

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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par LilTangerine » 30 avr. 2016 - 18:32

And the Wright brothers said they thought they had invented
something that could make peace on earth
(if the wrong brothers didn’t get hold of it)
when their wonderful flying machine took off at Kitty Hawk
into the kingdom of birds but the parliament of birds was freaked out
by this man-made bird and fled to heaven

And then the famous Spirit of Saint Louis took off eastward and
flew across the Big Pond with Lindy at the controls in his leather
helmet and goggles hoping to sight the doves of peace but he did not
Even though he circled Versailles

And then the famous Yankee Clipper took off in the opposite
direction and flew across the terrific Pacific but the pacific doves
were frighted by this strange amphibious bird and hid in the orient sky

And then the famous Flying Fortress took off bristling with guns
and testosterone to make the world safe for peace and capitalism
but the birds of peace were nowhere to be found before or after Hiroshima

And so then clever men built bigger and faster flying machines and
these great man-made birds with jet plumage flew higher than any
real birds and seemed about to fly into the sun and melt their wings
and like Icarus crash to earth

And the Wright brothers were long forgotten in the high-flying
bombers that now began to visit their blessings on various Third
Worlds all the while claiming they were searching for doves of
peace

And they kept flying and flying until they flew right into the 21st
century and then one fine day a Third World struck back and
stormed the great planes and flew them straight into the beating
heart of Skyscraper America where there were no aviaries and no
parliaments of doves and in a blinding flash America became a part
of the scorched earth of the world

And a wind of ashes blows across the land
And for one long moment in eternity
There is chaos and despair

And buried loves and voices
Cries and whispers
Fill the air
Everywhere



History of the airplane
Lawrence Ferlinghetti

Et ma traduction qui ne lui rend pas du tout justice:

Et les frères Wright dirent qu'ils pensaient avoir inventé
quelque chose qui pourrait créer la paix sur terre
(si les mauvais frères ne se l'étaient procuré)
quand leur merveilleuse machine volante décolla à Kitty Hawk
vers le royaume des oiseaux mais le parlement des oiseaux était paniqué
par cet oiseau fait par l'homme et s'enfuirent au paradis

Et ensuite le célèbre Spirit of Saint Louis décolla vers l'est et
Vola à travers la Grande Mare avec Lindy aux commandes dans son casque
de cuir et ses lunettes espérant voir les colombes de la paix mais ne les vit pas
Même en survolant Versailles

Et ensuite le célèbre Yankee Clipper décolla dans la direction
opposée et vola à travers le terrifiant Pacifique mais les colombes du pacifique
étaient effrayées par cet étrange oiseau amphibie et se cachèrent dans le ciel d'orient

Et ensuite le célèbre Flying Fortress décolla hérissé d'armes
et de testostérone pour rendre le monde sûr pour la paix et le capitalisme
mais les oiseaux de paix étaient introuvables avant ou après Hiroshima

Et alors des gens intelligents construisirent des machines volantes plus grandes et plus rapides et
ces grands oiseaux faits par l'homme avec des plumages à réaction volaient plus haut que
n'importe quel véritable oiseau et semblèrent voler vers le soleil et faire fondre leurs ailes
et comme Icare se crasher sur terre

Et les frères Wright étaient oubliés depuis longtemps dans les bombardiers
volant haut qui maintenant commencaient à répandre leur bénédiction sur divers Tiers
Monde tout en clamant qu'ils cherchaient les colombes
de la paix

Et ils continuèrent à voler et voler jusqu'à voler droit dans le 21e
siècle et puis un beau jour un Tiers Monde riposta et
pris d'assaut les grands avions et les fit voler droit dans le coeur
battant de l'Amérique des Gratte-Ciel et il n'y avait ni volières et ni
parlements de colombes et en en un flash aveuglant l'Amérique devint une part de
la terre écorchée du monde

Et un vent de cendres souffla sur les terres
Et pendant un long moment en éternité
Il n'y a que du chaos et du désespoir

Et les amoureux enterrés et les voix
Pleurent et soupirent
Remplissent l'air
Partout
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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par Alienor la Fantasque » 24 août 2017 - 19:50

Je déterre le sujet :mrgreen:

Etant allée aujourd'hui visiter le Mont Saint-Michel, ce que je n'ai pas fait depuis trois ans, ce poème de Baudelaire m'est revenu en tête pendant que je regardais le paysage du haut des remparts :
Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l'âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde ;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
- Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or ;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

"L'Invitation au Voyage", Les Fleurs du Mal - Charles Baudelaire
Si je n'avais pas lu qu'il s'était inspiré de tableaux hollandais pour écrire ce poème, j'aurais presque pensé qu'il avait pensé au Mont Saint-Michel. En tout cas, je trouve que les vers y correspondent parfaitement. D'autant que, selon moi, "ce pays lui ressemble", aussi tourmenté et changeant que lui.

(bon, en vérité, j'ai surtout pensé à ses deux vers les plus célèbres : "Là, tout n'est qu'ordre et beauté / Luxe, calme et volupté")
On commence toujours par être un raté. (...) Parce que l'adolescent rêve, parce qu'il ne fait pas ce qu'il faut, parce qu'il pose la barre trop haut (...) On passe plus de temps à se dire qu'on va faire qu'à faire. Ma volonté s'est d'abord éveillée comme une velléité.
(...) Toute ma vie je me demanderai si je suis bien à la hauteur de mon ambition. Toute ma vie je me sentirai plus raté que réussi. Le ratage est le souci constant, intime, continu d'une vie d'artiste."

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Vifdor
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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par Vifdor » 16 oct. 2017 - 21:14

Un extrait des Images de Philostrate, avec traduction du XIXe siècle.
VI. LES AMOURS.

Les Amours font la récolte des pommes, comme tu vois; ne sois pas surpris de leur nombre, car ces enfants des Nymphes, qui gouvernent toute la race mortelle, sont innombrables en raison des innombrables désirs de l'homme. II est, cependant, dit-on, un amour céleste qui a dans le ciel des fonctions divines. L'agréable parfum qui s'exhale du verger ne vient-il pas jusqu'à toi ? aurais-tu l'odorat paresseux ? oui ; eh bien, écoute attentivement, mes paroles apporteront jusqu'à toi l'odeur des fruits. Plantés en lignes droites, ces arbres laissent entre eux de larges avenues pour les promeneurs ; les allées sont bordées d'une herbe fine qui peut tenir lieu d'un lit de repos. Aux extrémités des branches pendent des pommes dorées, couleur de feu ou blondes comme un rayon de soleil (a) qui invitent l'essaim tout entier des amours au rôle de vendangeurs. Les carquois rehaussés d'or, ou tout en or, et remplis de leurs flèches, toute la bande s'en est dépouillée; légère, elle prend ses ébats, après avoir suspendu cet attirail aux pommiers; les manteaux brodés (b) sont étendus sur le gazon, où ils brillent de l'éclat de mille couleurs. Les Amours n'ont point sur la tête de couronnes de fleurs, leur chevelure leur est une parure suffisante, leurs ailes bleu d'azur ou couleur de pourpre, quelques-unes dorées, font presque entendre en battant l'air un 222 son harmonieux. Les belles corbeilles (c) dans lesquelles ils déposent les pommes ! Que de sardoines, que d'émeraudes, que de perles véritables s'y montrent enchâssées. C'est l'ouvrage d'Héphaestos, n'en doutez point mais d'échelles de sa façon pour monter sur les arbres, point n'est besoin, ils prennent leur vol et atteignent les pommes d'emblée. Pour ne point parler de ceux qui dansent en choeur, qui courent, qui dorment ou qui mordent dans les pommes à belles et joyeuses dents, considérons à quel genre d'amusement se livrent ceux-ci. Ces quatre amours, les plus beaux de tous, se sont séparés de leurs compagnons ; deux d'entre eux se lancent une pomme l'un à l'autre, les deux autres se renvoient une flèche de la même façon ; d'ailleurs la menace n'est point sur leur visage, chacun d'eux tend sa poitrine, pour recevoir là, non ailleurs, le trait de son adversaire. C'est une belle allégorie ; vois, si je comprends bien le peintre. Amitié et tendresse mutuelle, voilà le mot de l'énigme. Ceux qui jouent avec la pomme en sont aux débuts du désir ; aussi l'un lance une pomme après l'avoir baisée, et l'autre étend les mains pour la recevoir; on voit clairement qu'il la baisera une fois reçue, et la renverra à son camarade. Quant à notre paire d'archers, liés par un amour déjà ancien, ils travaillent à le fortifier. Oui, les deux premiers jouent pour aider un amour naissant, les autres manient l'arc pour que le désir ne meure point en eux. Ces autres amours qu'entourent un grand nombre de spectateurs, en sont venus aux prises dans l'emportement de la colère, on dirait des lutteurs. Je vais t'expliquer cette lutte, puisque tu le désires vivement. L'un d'eux, voltigeant autour de son adversaire, l'a saisi par les épaules ; il le serre à l'étouffer, il l'enlace de ses jambes; l'autre, loin de se rendre, loin de fléchir, se dresse avec effort, desserre la main qui l'étreint, il a tordu un des doigts, si bien que les autres se trouvent isolés et forcés de lâcher prise. L'amour ainsi torturé éprouve une vive douleur et mord l'oreille de son adversaire ; les amours qui le regardent s'irritent d'un procédé si injuste, d'une telle violation des lois de la lutte, et lapident le malheureux à coups de pommes. J'aperçois aussi un lièvre qu'il ne faut point laisser nous échapper; chassons-le en compagnie des amours. Il était blotti sous les pommiers et se régalait des fruits tombés à terre (plusieurs sont restés là, à demi rongés) ; mais voilà nos amours qui le poursuivent, qui l'effraient, l'un par des battements de mains, l'un par des cris perçants, l'autre en agitant sa chlamyde ; les uns volent au delà de la bête, en poussant des cris; les autres courent après lui, le suivant à la piste. En voici un qui a pris son élan pour se précipiter:sur la proie, mais l'animal s'est dérobé ; un autre veut 223 mettre la main sur la patte du lièvre ; mais à peine l'a-t-il saisie qu'elle lui échappe ; aussi de rire tombant les uns sur le flanc, les autres la tête la première, les autres à la renverse, tous de différentes manières, suivant qu'ils ont manqué la bête d'une façon ou d'une autre (d). Aucun ne lance une flèche : ils s'efforcent de prendre le lièvre vivant comme l'offrande la plus agréable à la déesse Aphrodite. Tu sais en effet que le lièvre passe pour avoir reçu d'Aphrodite la plupart de ses instincts ; on dit que la femelle pendant qu'elle allaite ses petits devient mère de nouveau, qu'elle nourrit la nouvelle portée avec le lait de la première, puis qu'elle conçoit encore et qu'en aucun temps elle ne cesse d'être pleine ; quant au mâle, non seulement il féconde la femelle, ce qui est dans son rôle de mâle, mais il conçoit lui-même, ce qui est contre nature. Aussi les amoureux sans délicatesse, persuadés qu'il y a en cet animal quelque vertu persuasive, favorable à l'amour, s'en servent pour faire violence à l'objet de leur tendresse. Mais laissons ce procédé aux hommes sans loyauté, indignes d'inspirer l'amour, et tourne les yeux vers Aphrodite. Où est-elle? en quelle partie du verger (e) ? Tu vois là-bas cette grotte creusée dans le rocher, de laquelle s'échappe, reflétant l'azur sombre du ciel et le vert des pommiers, une source d'eau limpide qui se divise en canaux pour arroser le verger? Sois certain qu'il y a là une statue d'Aphrodite parée, j'imagine, par les Nymphes, pour la remercier de les avoir rendues mères dés Amours, mères de si beaux enfants. Quant à ce miroir d'argent, à cette riche sandale dorée, à ces agrafes d'or, ce sont toutes offrandes parlantes; elles me disent qu'elles sont consacrées à Aphrodite ; cela est écrit d'ailleurs et nous lisons que ces dons viennent des Nymphes. Les Amours de leur côté offrent les prémices des pommes, et debout en cercle ils demandent dans leur prière que leur verger soit toujours aussi beau (f).

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Haru Nonaka
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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par Haru Nonaka » 17 oct. 2017 - 11:42

Voila, j'en poste un

Parce que l'extrait cité par Vifdor que j'ai lu hier soir (un peu péniblement, j'avoue, c'est un sacré bloc de texte :wink: ) m'a apparament fais cogiter sur l' un des amours: celui de soi, celui qui pousse à se lever le matin avec enthousiasme alors que tout allait mal la veille, et qu'elle maitrisait son sujet.
Parce que j'aime un peu trop lire de la poésie déprimante, et que celle ci ne l'est pas.
Et enfin, parce que je me suis réveillée ce matin avec quelques un des vers de ce poème tournant dans ma tête, comme le refrain d'une chanson.
Maya Angelou a écrit :
STILL I'LL RISE:

You may write me down in history
With your bitter, twisted lies,
You may trod me in the very dirt
But still, like dust, I'll rise.

Does my sassiness upset you?
Why are you beset with gloom?
’Cause I walk like I've got oil wells
Pumping in my living room.

Just like moons and like suns,
With the certainty of tides,
Just like hopes springing high,
Still I'll rise.

Did you want to see me broken?
Bowed head and lowered eyes?
Shoulders falling down like teardrops,
Weakened by my soulful cries?

Does my haughtiness offend you?
Don't you take it awful hard
’Cause I laugh like I've got gold mines
Diggin’ in my own backyard.

You may shoot me with your words,
You may cut me with your eyes,
You may kill me with your hatefulness,
But still, like air, I’ll rise.

Does my sexiness upset you?
Does it come as a surprise
That I dance like I've got diamonds
At the meeting of my thighs?

Out of the huts of history’s shame
I rise
Up from a past that’s rooted in pain
I rise
I'm a black ocean, leaping and wide,
Welling and swelling I bear in the tide.

Leaving behind nights of terror and fear
I rise
Into a daybreak that’s wondrously clear
I rise
Bringing the gifts that my ancestors gave,
I am the dream and the hope of the slave.
I rise
I rise
I rise.
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Fleur d'épine
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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par Fleur d'épine » 27 oct. 2017 - 19:33

Alors c'est un poème qu'il faut lire à voix haute sinon ça perd tout son intérêt. Quand on le fait à fond on entre dans une espèce de transe, c'est assez dingue, parce qu'on s'acharne, on veut faire sortir les mots mais le bégaiement est une épreuve (j'adore).
pas pas paspaspas pas
pasppas ppas pas paspas
le pas pas le faux pas le pas
paspaspas le pas le mau
le mauve le mauvais pas
paspas pas le pas le papa
le mauvais papa le mauve le pas
paspas passe paspaspasse
passe passe il passe il pas pas
il passe le pas du pas du pape
du pape sur le pape du pas du passe
passepasse passi le sur le
le pas le passi passi passi pissez sur

le pape sur papa sur le sur la sur
la pipe du papa du pape pissez en masse
passe passe passi passepassi la passe
la basse passi passepassi la
passio passiobasson le bas
le pas passion le basson et
et pas le basso do pas
paspas do passe passiopassion do
ne do ne domi ne passi ne dominez pas
ne dominez pas vos passions passives ne
ne domino vos passio vos vos
ssis vos passio ne dodo vos
vos dominos d’or

c’est domdommage do dodor
do pas pas ne domi
pas paspasse passio
vos pas ne do ne do ne dominez pas
vos passes passions vos pas vos
vos pas dévo dévorants ne do
ne dominez pas vos rats
pas vos rats
ne do dévorants ne do ne dominez pas
vos rats vos rations vos rats rations ne ne
ne dominez pas vos passions rations vos
ne dominez pas vos ne vos ne do do
minez minez vos nations mi mais do

minez ne do ne mi pas pas vos rats
vos passionnantes rations de rats de pas
pas passe passio minez pas
minez pas vos passions vos
vos rationnants ragoûts de rats dévo
dévorez-les dévo dédo do domi
dominez pas cet a cet avant-goût
de ragoût de pas de passe de
passi de pasigraphie gra phiphie
graphie phie de phie
phiphie phéna phénakiki
phénakisti coco
phénakisticope phiphie

phopho phiphie photo do do
dominez do photo mimez phiphie
photomicrographiez vos goûts
ces poux chorégraphiques phiphie
de vos dégoûts de vos dégâts pas
pas ça passio passion de ga
coco kistico ga les dégâts pas
les pas pas passiopas passion
passion passioné né né
il est né de la né
de la néga ga de la néga
de la négation passion gra cra
crachez cra crachez sur vos nations cra

de la neige il est né
passioné né il est né
à la nage à la rage il
est né à la né à la nécronage cra rage il
il est né de la né de la néga
néga ga cra crachez de la né
de la ga pas néga négation passion
passionné nez passionném je
je t’ai je t’aime je
je je jet je t’ai jetez
je t’aime passioném t’aime
je t’aime je je jeu passion j’aime
passionné éé ém émer

émerger aimer je je j’aime
émer émerger é é pas
passi passi éééé ém
éme émersion passion
passionné é je
je t’ai je taime je t’aime
passe passio ô passio
passio ô ma gr
ma gra cra crachez sur les rations
ma grande ma gra ma té
ma té ma gra
ma grande ma té
ma terrible passion passionnée

je t’ai je terri terrible passio je
je je t’aime
je t’aime je t’ai je
t’aime aime aime je t’aime
passionné é aime je
t’aime passionném
je t’aime
passionnément aimante je
t’aime je t’aime passionnément
je t’ai je t’aime passionné né
je t’aime passionné
je t’aime passionnément je t’aime
je t’aime passio passionnément
Ghérasim Luca
Passionnément in Héros-Limite / 1953
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Alienor la Fantasque
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Re: Redonne un sens à ta vie... XD

Message par Alienor la Fantasque » 06 avr. 2018 - 22:25

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

J'ai tout appris de toi sur les choses humaines
Et j'ai vu désormais le monde à ta façon
J'ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines
Comme au passant qui chante on reprend sa chanson
J'ai tout appris de toi jusqu'au sens du frisson.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

J'ai tout appris de toi pour ce qui me concerne
Qu'il fait jour à midi qu'un ciel peut être bleu
Que le bonheur n'est pas un quinquet de taverne
Tu m'as pris par la main dans cet enfer moderne
Où l'homme ne sait plus ce que c'est qu'être deux
Tu m'as pris par la main comme un amant heureux.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes
N'est-ce pas un sanglot de la déconvenue
Une corde brisée aux doigts du guitariste
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe
Ailleurs que dans le rêve ailleurs que dans les nues
Terre terre voici ses rades inconnues.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

Louis Aragon
Je me suis récité ce poème l'autre jour. Je l'aime tellement, c'est fou, il n'a pas cessé de m'accompagner ces dernières années, surtout avec l'air de Jean Ferrat dans la tête : https://www.youtube.com/watch?v=MO5d3cyZBLA
On commence toujours par être un raté. (...) Parce que l'adolescent rêve, parce qu'il ne fait pas ce qu'il faut, parce qu'il pose la barre trop haut (...) On passe plus de temps à se dire qu'on va faire qu'à faire. Ma volonté s'est d'abord éveillée comme une velléité.
(...) Toute ma vie je me demanderai si je suis bien à la hauteur de mon ambition. Toute ma vie je me sentirai plus raté que réussi. Le ratage est le souci constant, intime, continu d'une vie d'artiste."

Eric-Emmanuel Schmitt

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