Un éditeur n’est pas…

Être éditeur, c’est aussi parfois hausser un sourcil circonspect devant ce qui arrive dans votre boîte mail. Alors si vous le voulez bien, mettons quelques petites choses au clair.

Un éditeur n’est pas un écrivain public

Je reçois de temps en temps – et j’en vois passer sur les pages facebook d’autres éditeurs – d’étranges demandes, souvent dans un français à la syntaxe approximative et au vocabulaire fantaisiste, qu’il faut décrypter tant bien que mal. Il s’agit de gens qui confondent éditeur et écrivain public ou prête-plume.

L’éditeur dit « je cherche des romans à publier », et ces gens entendent « je vais écrire votre histoire pour vous ». Ils envoient donc des mails décousus d’où il ressort qu’ils ont beaucoup de choses à raconter et cherchent l’oreille attentive qui saura les retranscrire. Bien sûr, il y a erreur sur la personne. Ce n’est pas du tout le métier de l’éditeur.

Un éditeur n’est pas un psy

Certaines personnes ont effectivement beaucoup de choses à raconter, elles le font, en se faisant aider ou non d’un prête-plume, et elles nous envoient 200 pages où elles nous livrent leurs blessures intimes, leurs traumatismes et leurs fêlures, leurs aspirations et leurs questionnements. Le problème, c’est que ce genre de récit n’est pas un roman, et n’aura généralement d’intérêt que pour la personne concernée et ses proches.

L’écriture peut certes être cathartique. C’est un excellent moyen de mieux se connaître et de faire la paix avec soi-même. Mais tout journal intime n’est pas une oeuvre littéraire. L’éditeur, contrairement au psy, au coach, à l’assistante sociale… n’est pas là pour vous aider dans votre vie personnelle.

Un éditeur n’est pas un atelier d’écriture

Nombre d’auteurs amateurs envoient leurs textes à des éditeurs, pas nécessairement pour qu’ils les éditent, mais pour avoir un retour, des conseils, qu’on leur parle de leur texte… C’est ainsi qu’on nous envoie parfois des textes impubliables – des nouvelles beaucoup trop courtes, des ébauches de roman en cours d’écriture, des synopsis non développés – pour nous demander de l’aide. Vous l’avez deviné : ce n’est pas ce que fait un éditeur.

Par contre, il y a plein d’endroits sur internet où on peut trouver ce genre d’aide : blogs de conseils en écriture, forum d’entraide et sites de publications gratuits existent en grand nombre sur la toile.

Les ateliers du Héron

D’ailleurs, pas besoin d’aller bien loin : Héros de Papier Froissé, l’association dont dépendent les Éditions HPF propose entre autres un atelier d’écriture, un site – le Héron – où confronter sa prose à l’avis des lecteurs, des conseils d’écriture sur ce blog, et un forum où vous trouverez toujours quelqu’un pour répondre à vos questions sur l’écriture.

Un éditeur n’est pas un prestataire de services

Nous recevons assez fréquemment des manuscrits qui sont à des milliers de kilomètres de notre ligne éditoriale. Des essais en plusieurs tomes sur le conflit israélo-palestinien alors que nous n’éditons que de la fiction et des stand-alone*, par exemple. Il semble que ces auteurs se figurent que parce que notre raison sociale est « éditeur », nous sommes prêts à publier tout et n’importe quoi, que notre rôle se limite à faire l’intermédiaire entre l’auteur et l’imprimeur, mais que nous n’avons pas notre mot à dire sur ce que nous éditons. Évidemment, ils ont tout faux, et ils gagneraient (et nous feraient gagner) un temps précieux en prenant une ou deux minutes pour s’informer de notre ligne éditoriale.

Il existe cependant de nombreux prestataires de services – sans même rentrer dans l’épineux problème de l’édition à compte d’auteur – qui publient effectivement ce que vous leur demandez de publier. Il faut juste garder en tête que dans ce cas-là, vous êtes un client, pas un auteur.

Un éditeur n’est pas Crésus

Un éditeur a besoin de rentrer dans ses fonds, qu’il s’agisse d’un éditeur traditionnel (une entreprise) ou d’un éditeur associatif comme les Éditions HPF. Cela veut dire que ses choix sont aussi dictés par le potentiel commercial d’un manuscrit. L’éditeur peut adorer votre texte, s’il a la conviction que cela ne se vendra pas, il y a de grandes chances qu’il choisisse de ne pas l’éditer.

Un éditeur n’est pas un service d’archivage

Si sa pile à lire déborde ou que son catalogue de publication est rempli pour les trois ans à venir, il n’y a aucun intérêt – ni pour les auteurs ni pour lui-même – qu’un éditeur continue à recevoir des manuscrits. Dans ce genre de situation, certains éditeurs choisissent de fermer les soumissions. C’est notre cas en ce moment.

Cela n’empêche pas certains auteurs de continuer à nous envoyer leurs manuscrits. C’est absolument inutile. Nous ne lirons pas ces manuscrits, et nous n’allons pas non plus les archiver pour y revenir quand les soumissions seront ouvertes.

Pour conclure

Avant d’envoyer votre manuscrit à un éditeur, prenez le temps de vous renseigner et de vérifier :

  • que c’est bien un éditeur que vous cherchez (et pas un service d’impression à la demande, par exemple)
  • que cet éditeur-là vous convient (en termes de tirage, de ligne éditoriale, de distribution, etc.)
Standalone : livre en un seul tome.

A propos de Verowyn

HPFienne de longue date, je me suis longtemps occupée de la modération du Héron, puis de la gestion du blog avant de me consacrer tout entière aux Éditions HPF dont je suis maintenant la directrice. Pour me résumer en trois mots ? Procrastination, thé et chocolat.
Bookmarquez le permalien.

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