Traduire une fanfiction : les motivations

Bonjour, j’ai le plaisir d’inaugurer cette série d’articles sur la traduction. Ils concerneront principalement la traduction de fanfictions parce que c’est ce qu’on trouve sur HPF (a priori, pas encore de traductions sur le Héron, et c’est pas le but des Éditions HPF que de publier des traductions) mais certains articles pourront être plus généraux. Aujourd’hui, je vous parle des motivations, bonnes ou mauvaises, qui nous poussent à vouloir traduire une fic. Je vais parler uniquement des traductions de fics anglophones, d’une part parce que c’est ce que je connais, et d’autre part parce que c’est ce qui constitue la grande majorité des traductions qu’on trouve sur HPFanfiction.

Plan de la série

1. Traduire une fanfiction : les motivations
2. Les pièges de la traduction : c’est pas qu’une histoire de mots
 3. Bien choisir la fic à traduire
4. Relations avec les auteurs
5. Reviewer une traduction
6. Rencontre avec une traductrice

 

 1. Traduire une fanfiction : les motivations

Vous venez de vous aventurer pour la première fois dans le monde merveilleux de la fanfiction anglophone, et là, vous avez une révélation : « wahou, elle est trop bien cette fic ! En plus, elle a vachement de succès, plein de reviews et tout… Oh bah je sais : j’ai qu’à la traduire, et j’aurais vachement de succès moi aussi. »

L'auteur de fanfic et les reviews - © Walt Disney

L’auteur de fanfic et les reviews – © Walt Disney

Pourquoi pas. Ça peut être très chouette de traduire une fanfiction. Mais avant de se lancer dans l’aventure, il convient d’examiner ses motivations et de se poser quelques questions.

La course à la popularité… mauvaise idée

Alors déjà, si votre seule motivation, c’est de faire monter votre compteur de lectures… bon, vous faites peut-être fausse route. Pourquoi ? Tout simplement parce que ce n’est pas une motivation très… motivante, sur le long terme. Eh oui, si vous vous fiez aux chiffres (lecture, reviews, favoris…) de la fic dans sa langue originale, et que vous tablez sur le même succès en français, vous risquez fort d’être déçu. Parce que le fandom anglophone et le fandom francophone ne se ressemblent pas, que l’un est beaucoup plus actif que l’autre, et que donc, les chiffres ne seront jamais comparables. Surtout que si la fic que vous avez repérée a autant de succès, c’est sans doute en partie parce que son auteur est « connu », qu’il a déjà plusieurs dizaines de fics à son actif, et donc un lectorat assuré. Alors que pour vous, si cette traduction est la première chose que vous publiez, le lectorat est à construire, il n’attend pas avec impatience votre prochaine publication.

Du coup, quelles sont les bonnes raisons de traduire une fic ?

Je dirais que la première, c’est l’envie de partager. Comme quand vous avez lu un bouquin génial, ou vu un film qui a changé votre vie, et que vous tannez tout votre entourage pour qu’ils le lisent/regardent à leur tour. Là, vous avez lu cette fic que vous avez profondément aimée, et vous avez envie que d’autres que vous connaissent le plaisir de la découvrir à leur tour. Et puis de pouvoir en parler avec eux ensuite. Et comme tout le monde ne lit pas l’anglais, eh bien c’est très sympa de donner de votre temps pour la rendre disponible en français.

Et ce n’est pas forcément le texte en lui-même que vous avez envie de faire découvrir, mais ça peut être un personnage rare, un pairing… Par exemple, dans les mois qui ont suivi la sortie du tome 7 d’Harry Potter, on trouvait beaucoup plus facilement de fics sur la next gen en anglais qu’en français. Je trouvais que ça manquait sur le fandom francophone, alors j’en ai moi-même traduites quelques unes.

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Lire des fics, écrire des fics, traduire des fics… forcer les gens à lire des fics…

Comme la fanfiction fonctionne beaucoup sur l’émulation, une bonne manière de s’assurer que des fics vont être écrites sur vos personnages/pairings préférés, c’est d’en publier vous-même : vous pouvez être à peu près sûr que ça inspirera quelqu’un qui écrira à son tour sur ce sujet. Du coup, traduire des fics sur des persos/pairings que vous trouvez sous-exploités en français a de bonnes chances de mieux faire connaître ce perso/pairing, et donc de voir se développer un certain engouement à ce sujet.

La traduction comme exercice

Une autre raison pour traduire des fics peut être de vouloir s’améliorer, en anglais, ou en traduction. Alors, en soi, c’est une très bonne idée. Faire un truc ludique, se faire plaisir en bossant, c’est un des meilleurs moyens de progresser vite. Par contre, si vous en êtes encore au stade où c’est un peu hésitant, peut-être que vous n’êtes pas prêt à poster votre traduction. Vos lecteurs ont envie de se divertir, pas de lire un exercice mal maîtrisé. Alors prenez le temps nécessaire pour vous améliorer, et ne postez votre travail que quand vous êtes satisfait de votre niveau – et surtout, n’oubliez pas de faire passer votre texte par un ou plusieurs bêtas !
Dans l’article de la semaine prochaine, on explorera quelques-unes des erreurs les plus communes commises par les traducteurs débutants. Vous y trouverez sûrement des pistes pour vous améliorer.

Finalement, en ce qui me concerne, il y a encore une raison qui me pousse à vouloir traduire une fic, nettement plus égoïste : celle de vouloir prolonger le plaisir de la lecture. Traduire, c’est une expérience beaucoup plus intime que lire. C’est une façon de s’approprier un texte qu’on a aimé, de vraiment rentrer à l’intérieur et de le décortiquer. Il y a cette anecdote sur Hunter S. Thompson qui raconte avoir tapé à la machine l’entièreté de Gatsby le magnifique et de L’Adieu aux armes pour s’imprégner du style des auteurs, et savoir ce que ça faisait d’écrire un grand roman. Et j’avoue que quand je traduis une fic qui m’a touchée, c’est un peu l’effet que ça me fait. Que cette histoire qui m’a fait de l’effet ressorte de mon propre clavier, soit « reproduite » par moi, eh bien c’est un sacré plaisir littéraire.
Au final, c’est aussi un exercice qui permet d’améliorer sa propre écriture, en s’obligeant à passer au scalpel les mécanismes employés par d’autres auteurs.

Et vous ? Avez-vous déjà traduit une fanfic (ou un autre type de texte) ? Ou bien y avez-vous déjà pensé ? Quelles sont vos motivations ? 
 

| Les pièges de la traduction >>

A propos de Verowyn

HPFienne de longue date, je me suis longtemps occupée de la modération du Héron, puis de la gestion du blog avant de me consacrer tout entière aux Éditions HPF dont je suis maintenant la directrice. Pour me résumer en trois mots ? Procrastination, thé et chocolat.
Bookmarquez le permalien.

14 Comments

  1. magnifique article !! j’adore les traductrice car elles donnent de leur temps pour procurer aux autres le plaisir qu’elles ont ressenti ! ta motivation me paraît très juste, si un jour je traduis ce serai pour cette raison là ; passer plus de temps encore avec un texte que j’aime !

    • Merci beaucoup ! 🙂
      Oui, je crois que c’est vraiment ce que je préfère dans la traduction : continuer à profiter d’un texte que j’aime.

  2. Moi aussi je me suis lancée dans une traduction, pour le plaisir de partager une fic dont j’avais trouvé le début génial et drôlissime. C’était une énorme fic, et j’ai monté toute une équipe de traducteur autour de moi. Un petit résumé du résultat :

    – ça m’a pris 1 an… un énorme travail. Mais j’ai eu la satisfaction de le mener à bien

    – les écueils pour bien traduire sont énormes. C’est très difficile de sortir de la structure de la langue d’origine et de ne pas faire du mot à mot qui ne coule pas bien en français. Pour moi, il faut un relecteur différent du traducteur, dont l’objectif premier est de faire la chasse aux barbarismes.

    – quand vos traducteurs vous livrent une version google-traduction, c’est pas évident d’en faire un texte fluide à lire. Pour les derniers chapitres, j’ai carrément mis une annonce (sur les chapitres précédents) demandant des personnes d’un niveau expert en anglais. J’ai récupéré des étudiants en langue, ça allait tout de suite mieux.

    – travailler avec cinq ou si personnes sur un même texte (traducteur, relecteurs) en envoyant des documents Word et faire ensuite la synthèse, c’est tout simplement ingérable. La découverte de google docs et de ses documents uniques, en ligne et partagés, fut un bonheur absolu.

    – c’est très très bête quand au bout d’un certain nombre de chapitres, vous vous rendez compte que l’histoire tourne d’une manière qui vous déplait terriblement. J’ai failli ne jamais terminer, pour des raisons morales. Finalement, j’ai posté la fin sur un autre compte que le mien pour ne pas être associée aux idées de l’auteur.

    – Bon, au final, la fic a bien marché et ça a été une expérience, parfois éprouvante, mais très enrichissante. Et 15 ans après avoir quitté le lycée et arrêté de parler anglais, j’ai retrouvé le niveau que j’avais au bac (largement meilleur que la moyenne des français 🙂 )

    J’ai tiré de mon expérience, cet article : http://ffnetmodedemploi.free.fr/traduction.php

    • Ah oui, ça c’est un truc qui sera abordé dans un article suivant « bien choisir la fic » : ne jamais commencer à traduire une fic inachevée. Y a trop de risques d’être déçu par la suite, ou simplement que l’auteur original ne termine jamais…
      Sinon, j’ai testé la traduction en équipe brièvement via le forum francophone de ff.net. C’est cool, mais c’est une expérience assez différente au sens où le produit final n’est pas « ton » texte, mais vraiment le produit d’un travail collectif.

      • C’est vrai. C’est pourquoi j’ai aimé l’exercice, car je m’éclate dans le collectif, et suis assez peu attachée à la paternité (maternité) de ce que je fais…

  3. J’ai très peu traduit de fics, en fait.

    La première, c’était plus pour m’entraîner qu’autre chose. J’avais pas choisi une fic que j’avais particulièrement adorée, et il m’importait peu d’être lue ou pas, je voulais juste voir si j’étais capable de traduire.
    La deuxième, c’était une des miennes, donc ça compte pas vraiment XD
    Et là, j’ai tenté de contacter une auteurs sur ffnet qui a écrit un OS sur un couple que j’aime beaucoup (Cormac/Lavande). Je l’aime beaucoup, mais c’est aussi littéralement le seul Cormac/Lavande que je peux traduire (sur ffnet il y a le sien, un en espagnol, et un que j’ai écrit moi-même…)

    Prochaine étape : tester la traduction de l’espagnol 😀

    • Oui, s’auto-traduire, c’est très bizarre. J’ai fait ça une ou deux fois, et je trouve ça complètement différent de la traduction « normale ». Je m’autorise beaucoup plus de dérivations par rapport au texte original. Je me vois plus comme l’auteur de deux versions d’un même texte, que comme une traductrice dans ce cas-là.

  4. Rétrolien:Les pièges de la traduction - Le blog d'HPF

  5. Rétrolien:Traduire une fanfiction : bien la choisir - Le blog d'HPF

  6. Rétrolien:Traduction d'une fic : relations avec les auteurs - Le blog d'HPF

  7. Rétrolien:Traduction d'une fanfiction : les reviews - Le blog d'HPF

  8. Hello 🙂
    Tout d’abord merci pour ce magnifique article. J’adore traduire des fics, j’en ai traduits environ cinquante-deux.
    J’ai d’abord commencé par des drabbles, puis des OS, des OS plus longs de 4000 mots et là j’ai eu un véritable coup de foudre pour un crossover super rare, un Sherlock Holmes/Star Wars qui fait une trentaine de chapitres. J’ai vraiment envie de me lancer mais j’espère que ça ira quand même, c’est la première fois que je traduits une fic aussi longue ^^
    Ce qui est bien, dans les fics anglophones, c’est qu’il y a de tout. Les pairings sont parfois très originaux et les histoires sont souvent très prenantes.

    • Oh mince, je pensais avoir répondu à ca ! Eh bien déjà, merci beaucoup pour ce commentaire !
      Je pense que c’est un bon plan effectivment de commencer petit et les drabbles c’est niquel pour ca. Bon courage pour ta fic longue ! ^^

  9. Rétrolien:Rencontre avec une traductrice : Ayame - Le blog d'HPF

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