Traduire une fanfiction : bien la choisir

Après avoir parlé des motivations pour traduire une fanfiction, et vu quelques erreurs communes en matière de traduction, le troisième article de cette série a pour but de vous aider à bien choisir la fic à traduire.

Plan de la série

1. Traduire une fanfiction : les motivations
2. Les pièges de la traduction : c’est pas qu’une histoire de mots
3. Bien choisir la fic à traduire
4. Relations avec les auteurs
5. Reviewer une traduction
6. Rencontre avec quelques traductrices

3. Bien choisir la fic à traduire

Je vais commencer par vous raconter une anecdote personnelle : ça concerne la première fanfiction que j’ai traduite. Ou plutôt, que j’ai voulu traduire. Que j’ai commencé à traduire. Et que j’ai jamais terminée, bien sûr.

Donc, un beau jour, les méandres de Google m’ayant conduite de fanarts en fanarts jusqu’à l’illustration d’un texte précis, je me suis rendu compte que les fics en anglais existaient. Bien entendu, avant ça, je le savais que ça existait, mais je n’avais jamais eu la curiosité d’aller voir de près à quoi ça ressemblait.

Les méandres de Google, ça peut ressembler à ça... © Iwonn

Les méandres de Google, ça peut ressembler à ça… © Iwonn

Or, cette fic m’a immédiatement interpellée parce que, devinez quoi, c’était un Drarry (1). Mais c’est pas ça le truc. Le truc, c’est que c’était mon premier Drarry. Ah. Oui. Vous avez du mal à y croire. Et pourtant. C’était l’époque où, jeune et innocente, je venais de débarquer dans le monde de la fanfiction et où je lisais et écrivais exclusivement des Dramione (2). Et donc, là, Drago et Harry, wow, révélation. Donc j’ai commencé à lire cette fic, d’abord pour vérifier que, oui, j’avais bien compris, c’était effectivement une romance sur Drago et Harry et ensuite, bah, parce que j’étais lancée dans l’histoire, que je trouvais ça cool et que je voulais la suite.

Arrivée à la fin de ce texte monstrueusement long, j’étais doublement émerveillée : par l’histoire, d’abord, et le fait que oui, Drago et Harry, ça marche ; par ma propre capacité à lire et comprendre un texte aussi long dans une langue étrangère.

Vous devez commencer à voir où je veux en venir et pourquoi ce premier projet de traduction n’était pas une très bonne idée. Et donc voici mes quelques conseils pour vous éviter de faire les mêmes bêtises que moi.

Ne vous précipitez pas

C’est vraiment le conseil essentiel, et tout le reste tourne plus ou moins autour de ça.

Ne faites pas comme Bilbo : vérifiez que vous avez votre mouchoir avant de vous lancer dans une traduction. © TimeWarner

Ne faites pas comme Bilbo : vérifiez que vous avez votre mouchoir avant de vous lancer dans une traduction. © TimeWarner

Une « bonne » fic à traduire, c’est une fic qui va vous permettre de garder votre motivation jusqu’au bout. On a vu qu’une motivation possible, c’était de vouloir partager avec d’autre lecteurs une idée, un pairing, un scénario. Pour ça, il faut que la fic retenue ait de l’originalité. Traduire un truc qui a déjà été vu cent fois, ça n’a que peu d’intérêt. C’est pour ça qu’avant de vous précipiter pour traduire la première fic que vous avez lue en anglais, assurez-vous que vous connaissez bien le fandom, tant du côté anglophone que francophone.

C’est une des erreurs que j’ai commises avec cette fameuse première traduction : c’était le premier Drarry que je lisais, et chaque élément du scénario me semblait génial, super original ; toute excitée par cette trouvaille, je voulais absolument la partager avec d’autres francophones. Sauf que. Après, j’ai continué à lire d’autres Drarry et je me suis rendu compte que tous les éléments qui m’avaient semblé si uniques et formidables dans cette première fiction, n’avaient en vérité rien d’exceptionnel. Pire, certains trucs étaient même de gros clichés. Quant à d’autres, ils avaient été traités bien mieux par d’autres auteurs. Vous pouvez imaginer ce que ça a fait à ma motivation.

© 20th Century Fox Television

© 20th Century Fox Television

Autant quand c’est vous l’auteur, ce texte, c’est votre bébé, vous y tenez et vous avez envie de le mener à bout indépendamment de ce que d’autres ont pu écrire (« On a eu la même idée ? C’est pas grave, mon texte sera encore mieux parce que je vais faire ça comme ceci ou comme cela »). Autant, si vous ne faites que plaquer vos mots sur le récit d’un autre, il y a intérêt à ce que ce récit vous transporte.
Ce qui nous amène à…

Assurez-vous que ce texte soit un coup de cœur

L’histoire que vous allez traduire, vous allez devoir la lire de très nombreuses fois. Une première fois, logique, lorsque vous la découvrez. Là mon conseil, c’est encore une fois de ne pas vous précipiter. Laissez passer quelques mois, lisez d’autres fics, revenez, relisez-la (même en diagonale). Si vous pensez toujours que c’est une bonne idée, alors lancez-vous. Là, la traduction elle-même compte comme une nouvelle lecture, sauf que ça prend beaucoup plus de temps, évidemment.

Ensuite, il y a plusieurs méthodes, et certains qui préfèrent se relire à chaud. Encore une fois, moi je vous conseillerais plutôt de prendre votre temps, de laisser passer quelques semaines/mois (en fonction de la longueur du texte), histoire d’oublier un peu le texte original, et de pouvoir vous concentrer sur la version française lors de votre relecture. Une fois cette relecture-là effectuée, vous allez pouvoir envoyer votre texte à un ou plusieurs bêtas (3), et suivant la quantité de travail nécessaire sur le texte, peut-être faire encore plusieurs aller-retours entre vous et votre bêta, avec à chaque fois une nouvelle relecture.

Avec tout ça, laissez-moi vous dire que si vous n’étiez pas absolument raide dingue de cette fic quand vous avez pris la décision de la traduire, elle va franchement vous sortir par les yeux bien avant la fin du processus. Pour résumer, si en la lisant la première fois vous vous dites « ouais, c’est pas trop mal, pourquoi pas », vous pouvez laisser tomber tout de suite.

L'effet que devrait vous faire la fic que vous traduisez © Disney

L’effet que devrait vous faire la fic que vous traduisez © Disney

Par contre, si vous ne savez pas si vous êtes amoureux de l’auteure originale ou si vous la détestez parce que bon sang, elle a réussi à écrire le texte que vous rêviez d’écrire vous-même, alors c’est plutôt bon signe.

Ne voyez pas trop grand

L’autre erreur évidente que j’ai commise avec ce premier projet de traduction, c’est que j’ai été trop ambitieuse. Parce que cette fic faisait quand même… 165 000 mots. Pour ceux qui ne voient pas trop ce que ça représente, un peu plus de 200 pages Word. C’est beaucoup. Et même si je me suis accrochée – j’en avais traduit un peu plus d’un quart – ma motivation a fatalement fini par lâcher.

Alors, soyez réalistes. Commencez petit. Une fic courte, un OS. Donnez-vous le temps d’aller au bout d’un projet précis, voyez si ça vous plaît, avant de vous lancer dans un truc pharaonique. Allez-y par étapes.

Et ce conseil marche non seulement quant à la longueur, mais aussi quant à la difficulté de la traduction. Dans mon anecdote, vous avez vu que c’était la première fic en anglais que je lisais. Et que j’en étais fière, j’avais la sensation d’avoir accompli quelque chose. Ça veut probablement dire que j’étais pas tout à fait prête à traduire un long texte. Parce que lire et traduire, c’est pas tout à fait la même paire de manches. Autant quand vous lisez, vous pouvez vous permettre de passer assez vite sur certains détails, autant, pour une traduction, il faudra absolument que tout soit clair, parfaitement élucider chaque phrase.

Les projets pharaoniques aboutissent rarement © Witchofwest

Les projets pharaoniques aboutissent rarement © Witchofwest

Donc, pour votre première trad, choisissez non seulement un texte d’une taille raisonnable, mais aussi d’une difficulté adaptée. Si vous trouvez le style compliqué, s’il y a plein d’expressions idiomatiques qui vous posent problème, ce n’est probablement pas le bon texte avec lequel démarrer.

Dernier conseil

Ne vous lancez jamais dans la traduction d’une fic inachevée. D’abord parce que même si vous avez adoré le début – et peut-être à plus forte raison si vous avez adoré le début – il y a un risque que vous soyez déçu par la suite, qu’elle prenne une tournure qui ne vous plaît pas, dans laquelle vous ne vous reconnaissez pas, et que vous n’aurez pas envie de traduire.

Et puis surtout, les auteurs qui ne finissent jamais leur fic, ça existe. Commencer à traduire un truc qui ne sera jamais terminé, ça risque d’être assez frustrant, autant pour vous que pour vos lecteurs. Vous pouvez toujours miser sur le fait que l’auteur que vous traduisez finit systématiquement ses projets, qu’il est très rapide à mettre à jour, etc. Mais bon, vous connaissez la loi de Murphy ? S’il y a une fic que cet auteur ne terminera pas, ça sera forcément celle que vous aurez commencé à traduire.

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(1) Fanfiction mettant en scène une romance entre Harry Potter et Drago Malefoy.

(2) Fanfiction mettant en scène une romance entre Hermione Granger et Drago Malefoy.

(3) Le bêta-lecteur relit et corrige votre texte. Vous pouvez trouver un bêta sur notre forum.

A propos de Verowyn

HPFienne de longue date, je me suis longtemps occupée de la modération du Héron, puis de la gestion du blog avant de me consacrer tout entière aux Éditions HPF dont je suis maintenant la directrice. Pour me résumer en trois mots ? Procrastination, thé et chocolat.
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