Traduction d’une fic : relations avec les auteurs

Nous avons réfléchi aux motivations pour traduire une fanfiction, vu les principaux pièges qui existaient lorsqu’on traduit de l’anglais vers le français, et enfin examiné comment choisir la bonne fic à traduire. Aujourd’hui, on parle des relations entre la traductrice et l’auteur qu’elle traduit.

Plan de la série

1. Traduire une fanfiction : les motivations
2. Les pièges de la traduction : c’est pas qu’une histoire de mots
3. Bien choisir la fic à traduire
4. Relations avec les auteurs…
5. Reviewer une traduction
6. Rencontre avec quelques traductrices

4. Relations avec les auteurs

Donc vous avez trouvé la fic idéale, celle que vous rêvez de traduire. Avant d’attaquer, il convient cependant de demander son autorisation à l’auteur.

La base : demander la permission

La plupart des auteurs acceptent sans problème, parce que soyons honnêtes, c’est plutôt flatteur que quelqu’un aime tellement votre texte qu’il soit prêt à passer des heures de son temps libre à le traduire. Cependant, il peut arriver que l’auteur ne soit plus disponible. La fanfiction que vous venez de découvrir et que vous voulez absolument traduire a peut-être été écrite il y a plus de dix ans, et ca fait peut-être des années que son auteur a complètement déserté le fandom, qu’il ne lit plus ses reviews et encore moins ses MPs, en gros qu’il n’y a plus aucun moyen de le joindre. Dans ce cas-là, c’est triste, mais vous allez devoir renoncer à votre projet.

On recherche l'auteure de cette fic.

On recherche l’auteure de cette fic.

C’est pour ca qu’un autre critère pour bien choisir la fic à traduire consiste à s’assurer que l’auteur est toujours actif, sinon, vous risquez d’être décu. Enfin, vous pouvez toujours traduire la fic pour vous, pour le simple plaisir de traduire  et/ou pour vous entraîner, mais vous devrez la garder bien au chaud sur votre disque dur, et en aucun cas la publier. À moins, bien sûr, que l’auteur ne fasse un retour miraculeux et ne vous donne sa permission.

Mais même si l’auteur est encore vivant, il peut arriver qu’il ne vous donne pas sa permission de traduire. Pourquoi ? Bah j’ai envie de dire que ça le regarde, c’est son texte et il fait bien ce qu’il veut. Cela dit, ça peut être tout simplement parce que quelqu’un d’autre a déjà traduit sa fic en français. Ou alors, et ça c’est très dommage, parce qu’il a eu une mauvaise expérience avec un traducteur. Quelqu’un qui a laissé tomber sa traduction en plein milieu, ou qui n’a pas respecté les demandes de l’auteur, ou parce que le texte était mal traduit et que c’est revenu aux oreilles de l’auteur.

Entretenir de bonnes relations

Ensuite de quoi, avoir la permission de l’auteur ne vous dispense en aucun cas d’indiquer de façon bien visible — en général dans le résumé et/ou la note d’auteur au début du texte — que vous n’êtes pas l’auteur mais bien le traducteur et de donner le nom de l’auteur et pourquoi pas un lien vers son profil ou la fic originale.
Les relations avec l’auteur ne s’arrêtent pas là : il est aussi de votre responsabilité de le recontacter une fois que vous avez commencé à publier afin de lui donner le lien de tous les sites où vous avez mis en ligne la traduction de son texte. Informer l’auteur de là où se trouvent des versions de son texte, c’est quand même le strict minimum. Maintenant, personnellement, si c’est une fic en plusieurs chapitres, je trouve ça plus sympa de l’informer aussi quand la publication est terminée.

Une fic récompensée, ça fait plaisir. © Lazunov

Une fic récompensée, ça fait plaisir. © Lazunov

Ensuite, rien ne vous y oblige en soi, mais si la fic est bien reçue dans le monde francophone, là aussi, c’est quand même sympa d’en informer l’auteur. Si elle est nominée pour/remporte les sélections du mois sur HPF, qu’elle apparaît sur le topic coups de cœur ou qu’elle est retenue dans une bibliothèque de recommandations — comme la Ficothèque ardente, par exemple — eh bien c’est sûrement le genre de choses qui feront plaisir à l’auteur, donc voilà, un petit mail pour l’en avertir, c’est cool. Pareil, si vous recevez une review dithyrambique, bon, la traduire intégralement, c’est sûrement un peu over the top, mais dire à l’auteur qu’il a des lecteurs francophones super enthousiastes, c’est quand même sympa.

Blanket permission

Certains auteurs qui ont beaucoup de succès et du coup plein de demandes de traductions ont ce qu’on appelle une blanket permission, une espèce de permission générale. Ca va être un petit texte posté sur leur profil d’auteur, ou à un autre endroit bien visible, qui précise que vous n’avez pas besoin de demander la permission pour traduire une de leurs fics, allez-y, servez-vous.

Puisqu'on vous dit de vous servir... soyez pas timides ! © DP

Puisqu’on vous dit de vous servir… soyez pas timides ! © DP

Même s’ils ne précisent pas qu’il faut le faire, ca reste une bonne idée de leur envoyer le lien vers les sites où vous publiez votre traduction. Déjà parce que mine de rien, peut-être que ça intéressera un jour l’auteur d’y jeter un coup d’oeil. Surtout, je vous conseille dans ces cas-là de poster vos liens dans un commentaire public, directement là où l’auteur annonce sa blanket permission, ou si c’est pas possible en review sur la fic que vous traduisez. Pourquoi ? Eh bien parce que si quelqu’un d’autre a un jour la même idée que vous et veut traduire cette fic en français, ça lui sera sans doute bien utile de savoir que c’est pas la peine parce que ça a déjà été fait.

Même chose pour vous : une blanket permission implique qu’avant de vous lancer dans votre traduction, il va vous falloir vérifier si le texte en question n’a pas déjà été traduit dans votre langue — donc déjà checker si c’est pas mentionné directement dans les commentaires/le profil de l’auteur, et puis sinon, bah, google est votre ami. Évidemment, rien ne vous empêche de proposer une autre traduction du même texte si vraiment vous y tenez, mais bon, il y a tellement de poissons dans la mer, enfin, de fics chouettes dans la partie anglophone du fandom, que vous pouvez sans doute trouver à dépenser votre énergie traductrice de façon plus « utile ».

Cas particuliers

Il peut aussi arriver qu’un auteur vous accorde sa permission mais vous impose quelques conditions particulières. Par exemple, il veut bien que vous traduisiez sa fic, mais pas que vous la publiiez sur tel ou tel site. En général, c’est parce qu’il n’est pas d’accord avec la politique du site en question ou qu’il trouve que sa fic n’y a pas sa place — par exemple si elle contient des scènes adultes alors que c’est interdit sur ff.net. À l’extrême, il peut exiger que vous ne publiiez votre traduction que sur les sites qu’il connaît, en lesquels il a confiance. Évidemment, la décision lui appartient mais si vous comptiez sur cette traduction pour fidéliser votre lectorat sur un site précis, ou parce que vous aviez parlé de tel pairing avec la communauté de lecteurs de tel site et que vous vous réjouissiez de leur ramener une fic l’illustrant, il faut être conscient que l’auteur peut vous imposer ce genre de choses et que votre lectorat ne se transférera jamais entièrement sur un autre site. Eh oui, les gens ont leurs habitudes de lecture !

Les habitudes de lecture des HPFiens © Charlestanart

Les habitudes de lecture des HPFiens © Charlestanart

L’auteur peut aussi ne pas vouloir que vous donniez son nom sur votre traduction. Ça ne veut pas dire que vous allez vous présenter comme l’auteur du texte — ça serait du plagiat ! — mais bien préciser qu’il s’agit d’une traduction et que l’auteur de la version originale souhaite rester anonyme. De prime abord, un tel choix peut sembler bizarre. Pourquoi ne pas vouloir être reconnu comme l’auteur d’un texte qui plaît suffisamment pour susciter des traductions ? Là, encore, c’est un choix qui appartient à l’auteur et qu’il faut respecter. Mais voilà quelques pistes pour mieux comprendre : l’auteur a pu être déçu par des expériences précédentes et ne pas souhaiter être associé à un texte qu’il n’approuvera peut-être pas. L’auteur peut aussi, pour des raisons professionnelles ou autres, vouloir à un moment donné effacer son passage en tant qu’auteur de fanfictions. Si son nom est éparpillé un peu partout sur la toile dans diverses langues, c’est évidemment plus compliqué. Faire le choix de rester anonyme pour les traductions de ses fics permet de simplifier ce genre de démarches.

Demander conseil à l’auteur

Si vous coincez sur un passage spécifique, vous pouvez bien sûr envoyer un mail à l’auteur pour lui demander un éclaircissement. Cela dit, si votre difficulté c’est une expression idiomatique, une construction de grammaire difficile ou quelque chose qui touche à la langue anglaise proprement dite, essayez de résoudre le problème par vous-mêmes dans la mesure du possible. L’auteur vous a donné sa permission pour traduire sa fic, pas une promesse pour vous donner des cours d’anglais. On en revient à ce qu’on disait précédemment sur le choix de la fic : avant de contacter l’auteur, assurez-vous que la traduction est dans vos compétences.

Pour tout ce qui touche aux purs problèmes de traduction, vous pouvez faire un tour sur le forum anglais-français de WordReference. Utilisez le moteur de recherche pour vérifier que votre question n’a pas déjà été posée, et sinon, n’hésitez pas à ouvrir un nouveau sujet. Pour tout ce qui est argotique et que vous ne trouverez pas dans un dictionnaire traditionnel, Urban Dictionary vous sera très utile. Si votre problème est davantage spécifique aux fics Harry Potter (comment traduire ce sort que l’auteure a inventé ? est-ce que ce personnage vouvoie ou tutoie cet autre personnage ?), on a un sujet réservé aux traducteurs sur notre forum. N’hésitez pas à venir y chercher de l’aide, les HPFiens sont souvent de bon conseil.

© DP

© DP

Mais dans certains cas, seul l’auteur pourra répondre à votre problème. Par exemple, la grammaire anglaise permet de laisser planer le doute sur le genre d’un personnage, ce qui va être beaucoup plus difficile à faire en français. Pour trancher, il va bien falloir poser la question à l’auteur. Même chose, si vous traduisez une fic dont la suite n’est pas encore sortie (ce que, bon, je vous déconseille personnellement) vous risquez d’avoir besoin de demander à l’auteur si vous avez bien compris la direction qu’elle prenait, histoire de ne pas avoir d’erreurs de raccord dans la suite.

Bon, et en pratique ?

Avec tout ça, ça vous impressionne toujours de prendre contact avec l’auteur d’une fic que vous admirez, vous ne savez pas trop comment vous y prendre ? Pas la peine de se casser la tête : un message poli mais qui va droit au but fait très bien l’affaire. Un exemple ?

Hi!
I really like your fic and I would love to translate it into French (it’s my first language). Let me know what you think.
Cheers!

Voilà, c’est pas plus compliqué que ça.
Si vous restez un peu timides, dites-vous que les auteurs connus sont habitués à recevoir ce genre de demandes alors vous n’avez pas besoin de détailler par a + b vos motivations, et que les auteurs moins connus seront sûrement ravis de l’intérêt que vous portez à leur texte, et très heureux de vous répondre positivement.
Et puis, si vous en avez la possibilité, n’hésitez pas à reviewer la fic au cours de votre lecture. Si vous avez déjà un premier contact avec l’auteur, vous vous sentirez sans doute beaucoup plus à l’aise pour lui envoyer votre demande.

Allez, bonne chance !

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A propos de Verowyn

HPFienne de longue date, je me suis longtemps occupée de la modération du Héron, puis de la gestion du blog avant de me consacrer tout entière aux Éditions HPF dont je suis maintenant la directrice. Pour me résumer en trois mots ? Procrastination, thé et chocolat.
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