Pourquoi j’écris exlusivement des fanfictions

Et pourquoi je n’en ai pas honte

 

Quand j’étais petite, je voulais écrire un roman ; c’était mon but dans la vie. Je lisais tout ce qui me tombait sous la main, mes deux parents travaillaient dans le monde des lettres, j’avais une imagination débordante – écrire, puis publier, me semblait la suite logique des choses.

J’ai écrit des petites choses, pour m’entraîner. Que je trouvais géniales quand j’avais neuf ans, et qu’aujourd’hui je regarderais avec horreur avant de les jeter à la poubelle. Mais l’essentiel reste que j’écrivais, que j’ai toujours écrit. Quand j’avais une idée intéressante (ou pas), je la couchais sur papier, ça me semblait naturel.

À onze ans, j’ai découvert Harry Potter, et à quatorze ans les fanfictions, en premier lieu en tant que lectrice, puis, assez rapidement, en tant qu’auteure, d’abord avec des amies pour me faire la main, puis seule. Ma toute première publication date du 13 septembre 2003 (oui, elle est toujours sur fanfiction.net, et non, vous n’en aurez pas le lien !). Au moment où j’écris cet article, onze ans, dix mois et dix jours plus tard, j’ai 66 fanfics publiées sur HPFanfic, cinq en cours sur mon ordinateur*, et toujours des idées plein la tête pour mes prochaines.

 

 Kelleybean86 sur Deviantart

Et pourtant, pendant longtemps, je n’entendais que des avis négatifs sur les fanfictions et le fait que j’en écrivais. Je disais fièrement à ma mère que j’avais remporté un concours sur HPF, elle me répondait : « Quand est-ce que tu vas lâcher Harry Potter et commencer à écrire des vraies histoires ? » Même d’autres HPFiens, j’entendais le même discours : que lâcher la fanfic au profit de l’original**, ça équivalait à lâcher la rampe de l’escalier ; qu’écrire de la fanfic, c’était un entraînement avant d’écrire de l’original, rien de plus.

En gros, qu’écrire de la fanfic, c’était pour les amateurs. Si on voulait vraiment avoir le droit d’écrire, il fallait écrire de l’original, sinon ce qu’on faisait ne pourrait jamais être pris au sérieux.

Et, mine de rien, j’avais tellement assimilé cette façon de voir les choses que je dénigrais moi-même mon propre passe-temps – ma propre passion. On me demandait ce que j’aimais faire de mon temps libre, je répondais invariablement lire et écrire. Ah ouais ? Tu écris quoi ? « Oh, juste de la fanfiction », je répondais en rougissant avant de changer de sujet au plus vite. Si possible, sans même mentionner Harry Potter, parce que seigneur, non seulement écrire de la fanfic est une honte, mais si en plus je devais avouer faire ça pour des histoires d’enfants, ma réputation ne s’en remettrait jamais !

Merlin sait à côté de combien de potentielles conversations super intéressantes je suis passée parce que je n’osais pas parler de ma passion – et que la personne d’en face avait peut-être les mêmes réserves.

Alors pendant des années, j’écrivais fanfiction après fanfiction, tout en continuant à garder le rêve d’un jour écrire une vraie histoire que je pourrais envoyer à une vraie maison d’édition. Je me disais, je me convainquais, que la fanfiction n’était rien de plus qu’un tremplin, qu’un grand monde de brouillons, que mes vraies histoires, elles viendraient plus tard.

 

 
Robert F. Balazik

Mais plus j’avançais, plus je m’amusais à écrire des fanfics, et moins j’avais envie d’écrire de l’original. Ce n’est pas que je manquais d’idées, au contraire, c’est que j’avais du mal à arriver au bout. Alors que souvent, en fanfic, les scénarios et les mots coulaient facilement, et en original, je me retrouvais la plupart du temps devant une page blanche, un curseur clignotant bêtement à la fin d’un paragraphe sans la moindre idée de comment continuer. J’ai tenté cinq NaNos depuis 2010 (camps inclus), deux avec de la fanfic et trois avec de l’original. Bilan : les deux fanfics ont été publiées dans l’année où elles ont été écrites ; les trois originales sont non seulement non publiées, elles ne sont même pas terminées.

Malgré tout, je continuais à m’obstiner : j’étais une auteure dans l’âme, et donc il fallait que j’écrive de l’original, point barre. Je m’efforçais d’écrire de l’original, de publier sur le Héron. Si j’avais une idée pour de l’original et cinq pour de la fanfic, je m’obligeais à écrire l’original, parce que ça me semblait plus productif.

Jusqu’au jour où j’ai réalisé qu’écrire de l’original était devenu un travail pour moi, que je m’empêchais d’écrire quelque chose que j’aimais au profit de me forcer à faire quelque chose qui ne m’emballait plus tant que ça, au fond. Et pour quoi ? Pour peut-être pouvoir un jour publier un vrai roman ? J’ai étudié en édition et donc vu les dessous de la publication, et ce n’est franchement pas sexy : tu bosses pendant des mois, des années, pour finalement publier un truc qui sera lu par 67 personnes, dont 32 amis et membres de ta famille, et qui te ramènera des pinottes en droits d’auteur, peut-être assez pour aller t’acheter un peu d’épicerie pour la semaine. C’était franchement loin du rêve que j’avais de la profession quand j’étais petite, et ça m’a fait revoir mes objectifs.

Si je ne voulais plus publier, j’acceptais que l’écriture n’était plus pour moi qu’un passe-temps. Et un passe-temps, généralement, c’est fait pour faire plaisir, pour détendre, pour amuser. L’original ne m’amusait plus depuis un moment.

C’est à partir de cette réalisation que toute honte a disparu autour de la fanfic, toute culpabilité que je ressentais quand j’en écrivais. J’aimais ça, je n’y étais pas mauvaise, j’adorais recevoir les commentaires des lecteurs ; j’avais perdu de vue la raison pour laquelle je m’étais un jour empêchée d’en profiter à fond.

Alors voilà, je suis auteure. De fanfictions, certes. Mais principalement auteure. Je crois que la petite Ellie de cinq ans peut considérer son rêve réalisé.

 

Couverture de Fangirl par Rainbow Rowell, St. Martin’s Griffin

Pour finir cet article, j’aimerais partager avec vous une citation du livre Fangirl de Rainbow Rowell. Ce roman est une véritable ode à la fanfiction et aux auteurs de fanfiction, et je le conseille vivement à tous ceux qui se retrouvent un peu dans mon article.

(Note : La traduction est de moi, ce n’est pas la traduction officielle de la VF.)

« Rien de ce que j’écrivais ne pouvait se comparer à Simon.
— Mon dieu, Cath, es-tu vraiment en train de te comparer à l’auteure la plus populaire de l’ère moderne ?
Oui, dit Cath. Parce que, quand j’écris les personnages de Gemma T. Leslie, des fois, de certaines façons, je suis meilleure qu’elle. Je sais que c’est fou – mais je sais aussi que c’est vrai. Je ne suis pas un dieu. Je ne pourrais jamais créer le Monde des Mages ; mais je suis très, très douée pour la manipulation de ce monde. Je peux en faire plus avec ses personnages que je ne pourrais faire avec les miens. Mes personnages sont juste… des ébauches en comparaison avec les siens.
— Mais tu ne peux rien faire avec la fanfiction. C’est mort-né.
— Je peux laisser des gens la lire. Il y a beaucoup de gens qui viennent lire.
— Tu ne peux pas gagner ta vie comme ça. Tu ne peux pas en faire un métier.
— Combien de gens font vraiment un métier de l’écriture, de toute manière, claqua Cath. […] J’écrirai parce que j’aime ça, comme d’autres tricotent ou… ou font du scrapbooking. Et je trouverai un autre moyen de gagner de l’argent. »

 

* Et au moment où je le publie, douze ans ans, deux mois et neuf jours plus tard, j’en suis à 74 fics publiées et sept en cours… et toujours plein d’idées !

** Je sais que la formulation « histoires originales » n’est pas très appréciée sur HPF, mais c’est le moyen le plus simple que j’ai trouvé pour faire la distinction avec les fanfictions.

Bookmarquez le permalien.

17 Comments

  1. Très bel article qui me donne de l’inspiration : ) Ça fait peu de temps que j’avoue écrire des fanfiction, que javoue travailler avec des plans complexes sur des personnages de Rowling et un callendirer d’évenements bien précis, plus précis que ce que j’ai réalisé en Cours de Création Littéraire. Et j’aime ça. C’est de la lecture cadeau et de l’écriture faite de plaisir,
    bonne continuation

    • Voilà, il y a peu de gens qui comprennent que l’écriture d’une fanfiction peut aussi être hyper compliquée !

      Merci pour ton commentaire, et bonne continuation à toi aussi !

  2. Eh bien, ton article m’a fait du bien !
    Parce que je me trouve dans un cas non pas en tout point semblable mais en beaucoup de point semblable.

    Je n’écris pas exclusivement de la fanfiction, mais je suis beaucoup plus à l’aise et de bien loin, dans la fanfiction que dans l’original.
    Je pense que je fais de la fanfiction sans le savoir depuis que j’ai 10 ans. Non, je n’écrivais pas de fanfic à cet âge, mais je ne pouvais m’empêcher d’imaginer dans ma tête d’autres histoires qui pouvaient arriver aux personnages de fiction que je rencontrais à la télévision ou dans les bandes dessinées.
    Je ne suis pas passée à l’écriture à cet âge, même s’il m’est arrivé de coucher quelques histoires sur papier.

    Bien bien longtemps plus tard, j’ai découvert le petit sorcier bigleux et hirsute 😉 Avec l’arrivée du tome 7, j’avais besoin d’une aide pour lire le livre en version originale et cette aide je l’ai trouvé sur un site consacré à la saga, où certains publiaient des fanfictions. Et cela m’a donné l’envie de faire de même.

    Ensuite, certaines personnes bien intentionnées m’ont tirées ou poussées, comme tu voudras, à écrire de l’original. Le résultat : … flop !
    Je ne manque pas d’idées, mais je n’ai pas la même facilité pour écrire de l’original que pour écrire de la fanfiction harrypotterienne. Pourquoi ? Ben, je n’en sais rien.
    J’ai pourtant des tas d’histoires en tête, mais la fanfic coule de source, tandis que l’original, c’est laborieux … sauf s’il s’agit de contes ou de fantastique.

    • Je suis contente que mon article te parle ! C’était un peu son but après tout 😉

      On a effectivement beaucoup de points en commun, tes deux derniers paragraphes en particulier. En écrivant cet article je me disais qu’il devait y avoir beaucoup d’HPFiens dans mon cas aussi, ou un cas similaire, alors je suis ravie de voir qu’il fait son petit bout de chemin ^^

  3. Merci pour cet article ! Si j’avais reçu ne serait-ce qu’un euro toutes les fois où on m’a demandé quand j’allais « enfin écrire une vraie histoire », je disposerais aujourd’hui d’une jolie cagnotte.

    Au début, cela m’a un peu perturbée et pas vraiment – comme tu le dis très justement – incitée à parler de ma passion mais maintenant, j’assume et je réponds que j’écris de « vraies histoires », avec un début, un milieu, une fin, que ce soient des OS ou des fics à chapitres. Je n’ai pas créé les personnages mais c’est bien moi qui décide de ce qu’ils vont vivre.

    D’accord, je ne vis pas de ma plume, dans le sens où cela ne me rapporte pas d’argent. Mais, on est bien d’accord, combien d’auteurs vivent aujourd’hui de leurs écrits ? C’est d’ailleurs ironique de voir que les récents gros succès d’édition sont des fanfics remaniées, comme 50 Shades ou After. Par contre, j’en vis, dans ce sens où j’ai besoin d’écrire, besoin de l’échange avec ceux que mes textes auront ému ou fait sourire.

    • Haha, avec ça la communauté des fanfictionneurx du monde pourrait se mettre ensemble et acheter une île privée dans les Caraïbes !

      J’aime bien ce que tu dis, des vraies histoires avec un début, un milieu et une fin. C’est très juste, je la ressortirai si jamais j’en ai l’occasion !

      Merci pour ton commentaire et bonne continuation !

  4. Ton propos est très intéressant et ton témoignage sera sans doute très utile à toutes sortes de gens qui ont des difficultés à assumer l’écriture de fanfictions face à leurs proches. Il faut dire que le genre ne jouit pas de la meilleure réputation du monde — travail d’amateur, truc de groupie, effectivement sous-considéré par rapport à l’original — sans parler des phénomènes « 50 nuances de Grey » et autre « After » dont le niveau médiocre est étayé par l’argument « non mais au début, c’était de la fanfic. » Bref, ce genre de travaux est dévalorisé et c’est bien triste. Contrairement à ce qu’on croit, écrire de la fanfiction n’est pas forcément un tremplin vers l’original. J’ai étudié les domaines de l’édition, tout ce qui tourne autour des comités de lectures et ne peux que confirmer ce que tu dis sur les trois pelés et deux tondus qui liront ton truc… si tant est qu’il soit publié. Je vais recourir à un point Godwin mais l’arrivée des manuscrits chez un éditeur, c’est comme la déportation : la pile de droite a un sursis et aura une chance de publication et la pile de gauche part à la poubelle. Comme de juste, la pile de gauche est toujours plus épaisse que celle de droite.

    Je n’écris plus de fanfiction Harry Potter depuis des années. Je suis en train de quitter fanfiction.net mais j’écris toujours de la fanfiction. Et j’ai bientôt trente-six ans. Bien entendu, j’ai mon lot de quolibet (non mais c’est plus de ton âge, et puis la fanfiction, c’est que des trucs de fesses comme 50 nuances de Grey, sans causer du slash, etc.) mais je laisse les gens dans leur ignorance. Parce que ce qui compte, c’est de se faire plaisir. J’ai essayé l’original mais je n’y arrive pas. J’en tire plus de stress que de plaisir. Donc je finis par retourner à mes elfes et à mes chasseurs de démons et au final, je me sens mieux 😉

    Bonne continuation et merci pour ce bel article !

    • Comme tu le dis si bien, les « fanfictions » publiées donnent une très mauvaise image du genre. Et les articles écrits sur la fanfic – dans les journaux, les revues – le sont souvent par des gens qui n’y connaissent clairement rien, et donc il n’y a pas grand-chose qui aide le genre dans l’oeil du public. Ils entendent « fanfiction », ils pensent « truc plein de fautes écrit par une vierge de 14 ans qui couche tous ses fantasmes sur papier ». Alors qu’en vrait, c’est tellement plus que ça. Sur mes 74 fics, j’en ai que 3 qui sont interdites aux moins de 18 ans quoi…

      Merci à toi pour ton commentaire, et conne continuation à toi aussi !

  5. Je ne passe jamais sur le blog, je suis contente que tu aies parlé de ton article sur le forum parce que du coup je suis venue le lire, et le titre m’a convaincue direct !

    Comme toi, j’en ai pas mal entendu des « J’écris de l’original maintenant, j’ai grandi », ou des « Les fanfictions c’est pour les enfants, crée ton propre univers, ça montrera ta maturité ». Sauf que de l’original, j’en ai écrit quand j’étais gamine (encore que c’était très très inspiré des livres que je lisais), mais maintenant ça ne m’inspire plus, j’ai des tas d’idées en fanfics et aucune en original, alors je n’ai pas envie de me forcer, écrire c’est un plaisir, pas un exercice pour moi !

    Donc voilà, merci pour cet article, je me sens moins seule ! Ecrire de la fanfic, ce n’est pas manquer de maturité, passer des fanfics à l’original, ce n’est pas grandir, on est à l’aise dans un domaine ou dans un autre, ça ne regarde que nous et puisque c’est un loisir, les autres n’ont rien à y redire :)

    • Je suis HYPER contente de la réception de cet article, parce que voilà, ça confirme ce que je pensais : il y a des tas de gens qui sont comme moi, mais qui en parlent pas, parce que le consensus général à peu près partout (donc sur HPF, des fois) c’est que l’original c’est plusse mieux que la fanfiction. Alors que comme tu dis, ce qu’on écrit ne regarde que nous.

      Merci pour ton commentaire, il fait très plaisir !

  6. J’ai vu ton post à propos de cet article je me suis jetée dessus car je savais que tu l’avais en projet. Je m’y retrouve beaucoup, j’ai 2 écrits originaux parce que j’ai eu l’inspiration pour (un concours et un appel à texte et finalement j’ai pas envoyé mon texte tellement je n’étais pas sûre de moi, mais j’ai besoin d’une tremplin inspirant pour écrire en original car j’ai pas d’idée) mais j’ai 40 textes de fanfiction publiée, plus des tentatives « avortées » de fic qui dorment sur mon ordi.
    je ne connais pas le livre dont tu cites un extrait, mais pour le coup je note car il faut que je le lise (et que je le fasse lire, notamment à monsieur) Après j’ai « honte » aussi parce que j’ai presque 38 ans et je ne peux pas lâcher HP, œuvre pour enfant comme tu le dis. Monsieur se moque de moi bien souvent.
    Si un jour j’ai l’inspiration pour de l’original je vais le faire, mais je ne me force pas, parce que j’écris avant tout pour me faire plaisir. (être lu aussi un peu faut être honnête, mais j’ai des écrits sur mon ordi que j’ai fait pour moi uniquement)

    Sinon comme Persis, je fais de la fanfic depuis toute petite sans le savoir, sans même savoir écrire. Je pense qu’on faisait de la fanfic avec mon frère quand on partageait la même chambre en réinventant nos dessins animés préférés (j’avais 7 ans quand nous avons eu chacun notre chambre) j’ai fait de la fanfic sans le savoir à 15 ans en écrivant un cross over immonde, avec une marysue en personnage principal… Bref la fanfic je suis pour ainsi dire née dedans, mais jamais univers ne m’a autant inspiré que celui de Harry Potter, le monde magique permet tant de possible. Mais par peur des quolibets je me tais, peu de personnes le savent.

    Continuons de nous régaler à écrire nos textes, écrivons ce qui nous fait envie.

    • Merci pour ton commentaire flo ! Je te conseille vivement le livre, il est génial !

      Et tu n’as pas à avoir honte. C’est quelque chose qui te plaît. On s’en fiche de pour qui ça a été créé, ça te plait, c’est tout ce qu’il y a à savoir, t’as pas à te justifier. Si on cherche, je suis sûre qu’on peut trouver à tout le monde quelque chose qu’il « ne devrait pas » aimer et dont il est quand même passionné.

  7. Un article ma foi fort intéressant.

    J’y ai pas mal retrouvé le moi d’il y a 15 ans. J’écrivais des fanfictions aussi, plein qui sont considérées comme « classiques » dans le fandom Evangelion alors même qu’elles étaient pas folichonnes avec le recul. Mais passé l’âge adulte, et quand j’ai découvert d’autres séries qui m’ont énormément plu comme Mahoromatic ou la Mélancolie de Haruhi Suzumiya, je n’ai soit pas ressentie l’envie d’écrire des fanfics, soit je n’ai jamais mené de projet de fanfic à bien sur ces séries.

    Mon ressenti, c’était surtout que j’avais peur de fausser les personnages, j’avais peur de les toucher, de les dénaturer. J’avais surtout plus suffisament confiance en moi pour me dire « je vais faire honneur à ce personnage. » du coup je n’ai rien fait.

    Et c’est ce qui m’a poussé vers la fiction. En 2006, j’ai eu une idée, un déclic lors de mon premier voyage au Japon : et si j’écrivais une histoire sur une japonaise malvoyante ? Etant moi-même déficient visuel, c’était à la fois un challenge et une expérience très enrichissante. Et au final ça a débouché sur un livre (qu’on peut voir/se procurer par ici : http://univers-partages.org/editions/blind-spot/). Et aujourd’hui j’enchaîne sur une seconde histoire qui s’appelle Eternity.

    Le truc, c’est qu’il faut comprendre aussi pourquoi on considère que la fiction est mieux que la fanfiction : tout simplement parce qu’il y a plus de choses à inventer dans une fiction où on part de rien du tout. On pourra arguer que la somme de travail peut être elle aussi énorme pour une fanfiction car parfois on crée des nouveaux personnages et des nouveaux lieux, mais on se repose quand même toujours sur quelque chose qui a déjà été pensé pour nous. Ca facilite pas mal de choses, ne serait-ce que la vision qu’on a de l’histoire au moment où on l’écrit. On voit très bien les personnages faire telle ou telle action. Dans une fiction, c’est un peu plus difficile, sauf si on se trouve un ou une illustrateur-trice.

    Mais comme tu le dis si bien, on écrit d’abord pour soi. Je pense néanmoins qu’il ne faut pas abandonner l’idée d’écrire des fictions. C’est toujours fun de sortir de sa zone de confort et de faire des choses auxquelles on est pas habitués. Pour Blind Spot c’était la fiction, écrire un personnage féminin à la première personne et dans un japon moderne réaliste. Pour Eternity, c’est écrire à la troisième personne, et avoir une intrigue complète plutôt que de la tranche de vie.

    Relever des défis, c’est toujours intéressant :)

    Bref, je ne te connais pas, je n’ai jamais lu ce que tu as écrit (parce que les fanfictions Harry Potter ça ne m’intéresse pas vraiment) mais ce billet m’a vraiment plu.

    Bon courage pour la suite :)

    • Merci pour ton commentaire ! Puis-je te demander comment tu es tombé sur mon article ?

      Il y a quelques points que tu soulèves avec lesquels je ne suis pas d’accord. J’explique :

      […]il y a plus de choses à inventer dans une fiction où on part de rien du tout. […] Ca facilite pas mal de choses, ne serait-ce que la vision qu’on a de l’histoire au moment où on l’écrit. On voit très bien les personnages faire telle ou telle action.

      C’est certes une façon de voir les choses. Mais on peut aussi prendre ça de l’autre côté : un auteur d’original peut passer les trois premiers chapitres de son roman à expliquer comment fonctionne la société qu’il a inventée, à décrire ses personnages, les liens entre eux, etc. Un auteur de fanfic ne peut pas se permettre ça. Ses lecteurs vont déjà connaître, avant même d’avoir lu le premier mot de sa fic, le(s) personnage(s) qu’il utilise, le lieu où se passe l’histoire, peut-être même jusqu’à le déroulement de l’action, la scène, les dialogues. L’auteur ne pourra alors se reposer que sur son écriture et son originalité pour intéresser le lecteur, parce que des fics sur ce perso, cet endroit, ce moment, il en a des quantités industrielles sous le coude. L’auteur de fanfic a moins de crochets avec lesquels attirer le lecteur que l’auteur d’original.

      L’auteur de fanfic court aussi le risque de l’OOC. Il écrit une fanfic sur le personnage X. Si son personnage X ne respecte pas en tous points le personnage X créé par l’auteur d’origine du canon, il y aura de nombreux lecteurs avertis derrière pour le lui faire remarquer. Alors que l’auteur d’original, son personnage Y, il est à lui, il en fait ce qu’il veut. Personne ne peut lui dire que sa réaction ou ses actions ou ses dialogues ne sont pas fidèles au personnage, parce que ce personnage appartient à l’auteur et à personne d’autre. L’auteur de fanfic est tenu à un carcan beaucoup plus rigoureux que l’auteur d’original.

      […] on se repose quand même toujours sur quelque chose qui a déjà été pensé pour nous.

      J’ai essayé de lire quelques nouvelles séries de roman jeunesse dystopiques l’an dernier. Tu sais, ces séries toujours au moins en trois tomes, où la héroïne est une ado de 14-16 ans, se découvre un pouvoir secret, se fait sauver d’une façon ou d’une autre par un jeune homme qui semble la détester mais la tension sexuelle est à couper au couteau entre eux, qui découvre éventuellement que sa mère cache un secret (ou cachait parce que souvent la mère est morte en fait). En fanfic, on emprunte des personnages et des lieux, certes. Mais on retrouve aussi des schémas beaucoup, beaucoup plus originaux que ce que je viens de décrire.

      C’est toujours fun de sortir de sa zone de confort et de faire des choses auxquelles on est pas habitués.

      Qui te dit que faire de la fanfic, c’est rester dans sa zone de confort ? C’est sûr qu’il y a des auteurs qui écrivent souvent la même chose ; le même personnage, je même moment, le même couple. Mais il y a aussi des touche-à-tout, comme moi. J’ai 75 fanfics ; tu crois bien qu’elles ne sont pas toutes pareilles ? J’en ai de 100 mots, d’autres de 60 000, j’en ai qui se passent à la fin du 19e siècle, d’autres au milieu du 21e ; j’ai de l’humour, du drame, de la romance, des mystères ; j’ai de la première personne et de la troisième personne ; j’ai des hommes, des femmes, des enfants, des adultes, des vieillards, des animaux, des objets. Et j’adore participer à des projets, des concours, qui me donnent quelques critères à respecter, m’obligent à écrire quelque chose que je n’aurais peut-être pas essayé sans qu’on m’y pousse. Si j’ai une zone de confort dans tout ça, je suis bien en mal de la trouver, honnêtement. Je n’ai vraiment pas besoin d’original pour me donner des défis, je considère qu’écrire des fanfictions est bien suffisant.

      Bonne continuation à toi aussi ^^

  8. Rétrolien:Non, je ne suis pas écrivain | Broad us Horizons

  9. Bonsoir, Ellie ^^
    Ton article m’a beaucoup touchée car je m’y retrouve du début à la fin, même si c’est surtout par rapport au dessin.
    Depuis petite, j’ai dessiné des personnages de dessins animés qui m’inspiraient et j’en ai créé des histoires. Moi aussi je faisais de la fanfiction bien avant de m’en rendre compte, et j’ai commencé à écrire véritablement qu’au début de l’adolescence.
    Je pense en avoir publiée une dizaine sur un site il y a déjà plusieurs années, mais j’en ai écrites une centaine pour mon compte… que je ne publierais jamais.
    Mes parents ont un jour eu l’idée de m’inscrire dans une académie d’arts où le professeur me rabaissait et ne cessait de me dire de trouver mon propre style.. Comme toi, finalement mon passe-temps préféré s’est transformé en dur labeur et j’ai donc laissé tomber l’académie pour garder le dessin en loisir.
    Maintenant, j’écris plus que je ne dessine. Je commence seulement les fanfictions sur Harry Potter que j’espère pouvoir publier bientôt ^^
    Merci pour cet article qui m’a redonné confiance en moi !

    • Salut Mady !

      Eh bien je suis très contente de lire ton commentaire !

      Je te conseille particulièrement le roman de Rainbow Rowell dont je parle dans l’article : la personnage principale se retrouve elle aussi devant une prof de littérature qui dénigre la fanfiction et ne cesse de lui dire de lâcher tout ça pour trouver son propre style. Tu t’y reconnaîtrais aussi sans doute ^^

      Bonne continuation, et merci à toi pour ton commentaire !

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