Conseils : commencer un texte

Commencer un texte, ce n’est pas facile. Que vous prévoyiez d’écrire un roman de plusieurs centaines de pages ou une courte nouvelle, les premiers paragraphes sont un passage capital qu’il vous faudra particulièrement soigner. Pour être encore plus précis, la première phrase elle-même est celle qui va donner le ton à tout le reste de votre texte. Vous ne voulez pas rater votre entrée en scène !

Il était une fois... © Quentin088

Il était une fois…
© Quentin088

La première impression n’est peut-être pas toujours la bonne, mais en ce qui concerne votre lecteur, si sa première impression n’est pas positive, elle risque fort d’être la seule qu’il aura de votre texte !
Qu’il soit en train de flâner dans une librairie ou qu’il découvre votre texte sur internet (sur le Héron, par exemple !) le lecteur a en effet l’embarras du choix. Si les premiers mots que vous soumettez à sa curiosité ne lui paraissent pas convaincants, il y a un gros risque qu’il laisse tout bonnement tomber votre prose et jette son dévolu sur la création d’un autre auteur.

Votre première phrase est donc votre carte de visite. C’est elle qui va donner envie à votre lecteur de poursuivre sa lecture.

Incipit

Le terme technique pour le début d’un roman est incipit (du latin incipio, « commencer »). A la base, ce terme désigne précisément la toute première phrase, mais il est parfois utilisé pour parler du début du roman : de un paragraphe à quelques pages.

L’incipit a plusieurs fonctions :

  • Il doit tout d’abord attirer l’attention du lecteur. Idéalement, c’est la phrase magique qui va faire que les yeux de votre victime vont se gluer à la page pour ne plus en décoller avant la fin de votre histoire.
  • Il doit informer, poser les bases de votre récit. Au début de votre texte, votre lecteur a probablement envie que vous commenciez à répondre aux questions « Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? ». Lui donner une idée générale de ce dont va parler votre récit lui permettra de savoir rapidement si c’est là le genre d’histoires qu’il a envie de lire. Evidemment, il faut un juste équilibre. N’en dites pas trop tout de suite, laissez du mystère, sinon il n’y aura plus aucun intérêt à lire la suite de votre histoire.
  • Il noue ce qu’on appelle le pacte de lecture. Il donne des informations sur les codes de lecture auxquels fait appel votre texte. Certains genres sont plus codifiés que d’autres. Ainsi, un texte qui commence par « il était une fois » indique au lecteur qu’il s’apprête à lire un conte.

Méthodes et conseils

Un procédé célèbre est celui qu’on appelle in medias res, littéralement « au milieu des choses ». Il s’agit de débuter votre récit dans le feu de l’action. Voilà qui devrait éveiller l’intérêt de votre lecteur et lui donner envie de poursuivre plus avant.

Mais votre texte ne s’y prête peut-être pas.
Une autre technique est de commencer par un passage descriptif qui va servir à établir l’atmosphère de votre texte. Si vous avez une bonne plume, une description originale ou poétique peut tout autant donner envie à votre lecteur de lire votre texte qu’un début sur les chapeaux de roue.

Un conseil qu’on lit souvent, sur le web et ailleurs : « ne commencez jamais votre texte par une description météorologique. »
Et c’est vrai qu’un roman qui débute par « L’orage battait son plein, les fenêtres étaient obscurcies par des rideaux de pluie et les volets claquaient sinistrement. » sonne peut-être un peu cliché. Pourtant, de grands romans tels que Jane Eyre ou Les raisins de la colère commencent par des descriptions du temps qu’il fait.
Ce genre de conseils vous indique donc quels clichés éviter, mais si vous pensez pouvoir écrire une description originale et attrayante, ne vous laissez pas impressionner et suivez votre intuition.

Établir une atmosphère peut être une bonne manière de commencer un texte © Bonnybbx

Établir une atmosphère peut être une bonne manière de commencer un texte
© Bonnybbx

Si vous ne savez pas comment vous y prendre pour commencer « in medias res », une solution peut être de débuter directement par un dialogue.
Attention, cependant, à ne pas en faire trop.
Commencer votre roman par :

« AHHHHHHHHHHHH !!!!!!!!!!!!! »

n’est pas forcément la solution miracle pour captiver votre lecteur. Il y a des façons plus subtiles et donc plus efficaces de susciter l’intérêt de votre lectorat.

Les premières lignes de votre texte sont capitales, nous l’avons dit. Pourtant, quand on commence à écrire, on n’est parfois pas très inspiré, notre plume est un peu rouillée, etc. Qu’à cela ne tienne ! Rédigez un premier jet de votre histoire, et une fois que votre texte est plus ou moins fini, reprenez le début et travaillez-le jusqu’à ce que vous obteniez un incipit qui vous donne satisfaction.

Et si on essayait ?

Inventons ensemble une première phrase de roman :

Il avait eu tort.

Cette phrase intrigue : on se demande de qui est-ce que l’on parle, on veut immédiatement savoir ce qu’il a fait et en quoi il a eu tort de le faire. La phrase laisse également entendre qu’un problème va surgir, puisque le personnage a eu tort. Le lecteur est donc doublement intrigué : il se demande ce qui est arrivé dans le passé du personnage, et aussi ce qu’il va faire dans son futur pour rétablir la situation.

Cette phrase établit également les premières bases du pacte de lecture : on est soit en présence d’un narrateur omniscient, qui sait tout et n’hésite pas à émettre des jugements concernant les personnages, soit en présence d’un narrateur interne : autrement dit, l’histoire est racontée du point de vue du personnage qui a eu tort.

A vous !

Imaginez qui est ce « il ». Qu’a-t-il fait ? En quoi a-t-il eu tort ? Que va-t-il faire ensuite ? Décidez si vous préféreriez un narrateur omniscient ou un narrateur au point de vue interne pour raconter cette histoire.
Et maintenant, si le cœur vous en dit, pourquoi ne pas commencer à écrire cette histoire ? Vous tenez peut-être là le début d’une excellente nouvelle ! Ou peut-être carrément d’un roman, si l’inspiration est au rendez-vous !
Et une fois que votre texte est terminé, revenez au début, et voyez si vous êtes toujours satisfait de votre incipit. Vous aurez peut-être envie de le réécrire totalement !…

Quelques incipits célèbres

« Aujourd’hui, Maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »
Albert Camus, L’étranger

« Dans un trou dans la terre vivait un hobbit. »
J.R.R Tolkien, Bilbo le hobbit

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« Alice, assise auprès de sa sœur sur le gazon, commençait à s’ennuyer de rester là à ne rien faire. »
Lewis Carroll, Les aventures d’Alice au Pays des Merveilles

« Si vous voulez vraiment que je vous dise, alors sûrement la première chose que vous allez me demander c’est où je suis né, et à quoi ça a ressemblé, ma saloperie d’enfance, et ce que faisaient mes parents avant de m’avoir, et toutes ces conneries à la David Copperfield, mais j’ai pas envie de raconter ça et tout. »
J.D. Salinger, L’attrape-coeur

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« Longtemps je me suis couché de bonne heure. »
Marcel Proust, Du côté de chez Swann

Est-ce que ces incipits vous intriguent ? Est-ce qu’ils vous donnent envie de lire la suite ?

A vous !

Prenez les premiers livres à portée de main sur votre étagère et observez en les premières phrases. Trouvez-vous ces incipits réussis ? Si vous avez lu les livres auxquels ils appartiennent, trouvez-vous qu’ils les reflètent bien ? Changeriez-vous quelque chose à ces premières phrases pour les améliorer ?

Et sur le Héron…

Voilà quelques incipits extraits de textes coups de cœur de l’équipe du Héron.

  • Elle est là, accrochée au réverbère. (Queen of Darkness)
  • Les nuits de fête, la mer prenait des reflets nouveaux, les lumières dorées sous la lune bleue donnaient aux eaux de Brest un air visqueux, une teinte doucereuse que leur enviaient les boues alentours. (Via_ferata)
  • Parfois, elle vient, elle ne prévient même pas. (Aoife OHara)
  • Tu as marché dans la ruelle d’un pas décidé, faisant claquer tes talons sur le dallage, comme pour signifier ta présence. (Isile)
  • La treizième. Luludja est la treizième. Depuis toujours, il y a ce nombre, comme inscrit au fer rouge sur son front, gravé dans son âme comme on taille l’écorce des arbres. (Verowyn)
  • On avait dépassé les nuages depuis longtemps, il fallait remonter à bien des générations pour retrouver des personnes aux couleurs de la terre. (Vifdor)
  • Deux jours. Deux jours tout au plus. Franchir la crête à l’horizon, traverser une plaine et derrière, à nouveau, passer un col. (Kenova)
  • Un monde en noir et blanc. Un monde en nuances de gris. (OEillade)
  • « Le train TER numéro 70741, à destination de Limoges, partira voie 1. Eloignez-vous de la bordure du quai, s’il vous plait. » (Yoguany)
  • J’entends la voix du juge, lointaine… Que dit-elle ? (AgatheK)
  • Il y avait en lui des choses noires, rampantes, muettes, douces comme des mains, dangereuses. (Alecto)

Et vous, vous avez des méthodes particulières pour commencer un texte ? N’hésitez pas à venir en discuter sur notre forum !

A propos de Verowyn

HPFienne de longue date, je me suis longtemps occupée de la modération du Héron, puis de la gestion du blog avant de me consacrer tout entière aux Éditions HPF dont je suis maintenant la directrice. Pour me résumer en trois mots ? Procrastination, thé et chocolat.
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